À bicyclette: tout ce que vous devez savoir pour être un cycliste des années 2020

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Les grèves de l’hiver dernier et la pandémie ont bouleversé le rapport des Français à la bicyclette. Sur certains axes parisiens, le nombre de cyclistes a doublé entre janvier 2019 et janvier 2020, et des hausses spectaculaires ont été notées aussi dès la fin du premier confinement. Et ce phénomène ne se limite pas à la France.

Pour éviter la promiscuité des transports en commun, et s’offrir un moment en plein air sans masque, nombre d’habitants des grandes villes ont privilégié le vélo, avec ou sans assistance électrique.

L’été dernier, la petite reine a aussi ravi le cœur des vacanciers qui, restrictions obligent, ont privilégié les destinations de proximité. De nouveau, l’expérience de confinement a sans doute largement contribué à cet engouement pour les activités physiques en plein air.

Qu’en sera-t-il à long terme ? Il est bien sûr trop tôt pour mesurer l’ampleur exacte d’une vague de fond dont l’existence est manifeste partout en Europe, et plus seulement dans quelques pays pionniers. Entre pratiques nouvelles et résurgences de vieilles traditions vélocipédiques, voici un petit glossaire buissonnier – sans ordre alphabétique – avant de vous remettre en selle.

Vélorution

Cette anagramme de révolution est aussi un mot-valise – fabriqué à partir des mots vélo et révolution – : on ne saurait mieux dire qu’il y a toujours plusieurs chemins possibles quand on enfourche une bicyclette. C’est aussi le nom d’un mouvement international né au plus haut du règne automobile le 22 avril 1972 sous la forme d’une manifestation – appelée « masse critique » – de 5 000 cyclistes contre un projet d’autoroute en bord de Seine à Paris. Deux ans plus tard, André Dupont, alias Aguigui Mouna, se présente comme non-candidat aux élections présidentielles. Son slogan : « Je suis un cyclodidacte, la vélorution est en marche. »

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Au cours des années 2000, des collectifs et des associations portant le nom de Vélorution apparaissent à Paris et en région. Le mouvement Vélorution est aujourd’hui présent dans une trentaine de villes de France ainsi qu’à Bruxelles et Genève. Le slogan du groupe Paris-Île-de-France, jamais en manque de créativité langagière, est un bon résumé du programme : « Une seule solution, c’est la vélorution. »

VAE (vélo à assistance électrique)

Les partisans de la décroissance l’appellent parfois le « vélo nucléaire » et critiquent à la fois la source de son alimentation énergétique, le recyclage incomplet de ses batteries et l’« extractivisme » à l’œuvre pour la fourniture de ses composants, notamment le lithium, qui du Tibet au Chili, ne fait pas que des heureux. Il n’empêche que nombre de municipalités, Paris en tête, ont misé sur l’électrique pour amener des publics nouveaux vers la bicyclette et financent l’achat des VAE. L’assistance du vélo est bridée à 25 km/h et ne fonctionne que tant que l’on pédale. Ces deux caractéristiques le distinguent du cyclomoteur électrique, pour lequel le port du casque est obligatoire et qui doit être assuré.

Vélo couché – vélo rallongé – vélo cargo – fixie

Le premier, qui permet d’adopter une posture moins agressive pour le bassin et le périnée, est réservé au cyclotourisme. Le second, appelé aussi long-tail, a un porte-bagage allongé permettant de recevoir un ou plusieurs sièges-bébé – des modèles qu’on voit circuler peu avant 8h30 ou après 16h45 en semaine. Le troisième permet le transport de marchandises et a d’abord été pensé pour les livreurs. À Paris, il fait l’objet aussi d’une aide financière, avec ou sans assistance électrique.

Pour finir, le fixie, ou vélo à pignon fixe n’est pas – c’est une légende urbaine – un vélo urbain. C’est un vélo de piste à rétropédalage, qui doit disposer d’un second frein – ce n’est pas toujours le cas – avant d’aller sur la chaussée et reste (bien) plus dangereux qu’un vélo normal. Le freinage par rétropédalage tend à faire chasser – « skidder » – la roue arrière, ce qui peut surprendre les autres usagers et provoquer une chute. Les accélérations sur le plat sont grisantes mais risquées, les articulations et la musculature fournissent des efforts brusques et violents qui, à la longue, peuvent générer fatigue et blessures. Ses amateurs vantent son faible coût et le peu d’entretien qu’il nécessite. Ne glissez pas de mini-U – un antivol – dans la poche arrière de votre jean pour jouer au livreur new-yorkais : la poche se déchirera bien vite et vous risquez gros en cas de chute.

VTT – VTC – VPS – vélo Gravel

La fabrication en série de vélos tout-terrain, appelé aussi vélos de montagne par contagion de l’anglais mountain bike, a commencé à la fin des années 1970. Le VTT est devenu très populaire au cours des années 1980. Au-delà des pratiques sportives parfois extrêmes – descente, enduro, freeride, cross-country... –, le VTT continue de séduire jeunes et moins jeunes qui cherchent à sortir des sentiers battus.

Parfois tout suspendu, doté de développements très courts pour affronter les surprises du terrain, le VTT a inspiré d’autres engins plus polyvalents comme le VTC – vélo tout chemin, qui s’est substitué en partie aux vieilles « randonneuses » pour les cyclotouristes –, le vélo à pneus surdimensionnés ou fatbikeun vélo à l’aise sur la neige et le sable aux faux airs de mobylette, le gravel bike – un vélo de route à gros pneus très en vogue ces dernières années chez ceux qui aiment joindre sport et vacances.

Vélo pliant

L’histoire du vélo pliant ou pliable – qui se replie à l’aide de charnières – remonte à la fin du XIXe siècle et connaît une première application de masse avec la « pliante Gérard », présentée au Salon du Cycle en 1894, et vendue pour équiper les fantassins des armées françaises, belges ou russes.

La référence aujourd’hui est britannique, avec la marque Brompton, dont le modèle unique n’a cessé de se décliner et de s’améliorer depuis sa création par Andrew Ritchie. Très compact et léger, doté de petites roues de 16 pouces, le Brompton reste un produit artisanal et un investissement et est concurrencé par les plus accessibles Dahon – aux roues de 20 pouces et au pliage central – et ses multiples avatars.

Il existe aussi des vélos pliants à grande roue, comme ceux fabriqués par l’étasunien Montague et des vélos démontables, comme les luxueuses randonneuses Moulton, anglaises elles aussi. Les vélos pliants ont le vent en poupe ces dernières années au point qu’ils ont été ajoutés en 2020 à la liste des bicyclettes bénéficiant d’une aide à la mobilité en Île-de-France. Ils sont les rois de l’intermodalité.

Intermodalité

Pour les voyageurs comme pour les marchandises, pour les migrations pendulaires ou les voyages intercontinentaux, les transporteurs ont de plus en plus recours à l’intermodalité. Les voyageurs du quotidien, notamment dans les grandes villes, combinent parfois la bicyclette – pliante – ou la trottinette avec le train, le bus, le métro, le RER ou le tramway, que ce soit sur des trajets réguliers ou comme alternative en cas d’intempérie.

Du côté du réseau ferré, les TER acceptent les bicyclettes gratuitement sous réserve de places disponibles – sans réservation – les Transiliens aussi, sauf aux heures de pointe. Les TGV Inoui, les Ouigo et les Intercity ont des réglementations particulières, incluant un surcoût et/ou des limites d’encombrement et/ou une housse de transport.

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Le vélotaf séduit d’abord toutes celles et ceux qui n’ont pas forcément de créneaux à accorder à l’activité physique entre la vie professionnelle et la vie familiale. Mais il est surtout un moyen d’éviter, quand on le peut, la promiscuité des transports en commun et les difficultés pour garer sa voiture. Marginal il y a quelques années – 2% des trajets domicile-travail en France en 2015 –, il est de tous les usages de la bicyclette celui qui s’est le plus développé durant les grèves et la pandémie. Les Français garderont-ils cette bonne habitude pour l’environnement et pour leur santé ?

Voies vertes

Elles sont la voie royale du cycliste – et du piéton, qui en est l’usager à part égale –, elles recyclent souvent des itinéraires délaissés – chemins de halage et malheureusement aussi, les anciennes lignes de chemin de fer du quotidien. Combinées à des voies partagées, mais balisées, elles se changent parfois en véloroutes. En 2012, est née l’EuroVelo 1, permettant de relayer le Cap Nord en Norvège à Caminha au Portugal. Longue de 11 500 kilomètres, elle est toujours aujourd’hui la plus longue des 19 véloroutes européennes.

Pistes cyclables – bandes cyclables

Les premières sont des chaussées entièrement réservées aux cyclistes, les secondes une voie réservée délimitée par un marquage au sol. Sauf indication contraire (piste ou bande cyclable obligatoire), leur usage n’est plus contraignant depuis 1998, même si nombre d’automobilistes l’ignorent ou feignent de l’ignorer. La construction de pistes cyclables provisoires a débuté mi-avril à Paris faisant passer le réseau d’une dizaine de kilomètres à quelques 150 kilomètres en six mois.

Cyclotourisme

Paul de Vivie (1853-1930), dit Vélocio, est le père fondateur du cyclotourisme. On lui doit la généralisation du dérailleur à changements de vitesse – qu’il préconisait sur les courses cyclistes pour lutter contre le dopage ! – et les sept commandements de Vélocio, incluant de s’abstenir de cigarettes et de boissons alcoolisées durant toute excursion.

Végétarien et fervent défenseur de l’espéranto, Paul de Vivie est mort à Saint-Étienne à 74 ans, renversé par un tramway. Chaque année, en juin, une course de côte amatrice est organisée entre Saint-Étienne et le Col de la République en son hommage : c’est la journée Vélocio.

Atelier d’auto-réparation

Pour celles et ceux qui veulent allier cyclisme et bricolage, ils se sont multipliés un peu partout en France. On y vient pour échanger, réparer, améliorer voire assembler son vélo. Dans la grande tradition de l’éducation populaire, on y acquiert l’autonomie et on y inclut aussi des réflexions sur le genre. Nombreux sont les ateliers à proposer des sessions non-mixtes à destination des femmes, des personnes trans et non-binaires. Hasta la Velorución, siempre !