À Besançon, le devoir de mémoire du Covid s’incarne à travers une fresque street art au message biblique

Un graff à consonance biblique. L’artiste graffeur Nacle a dessiné sur le mur d’un garage de Besançon (Doubs) un tag à motif d’espoir. Sous ses doigts, l’archange Michel prend un relief tout particulier, pour une parabole aux accents contemporains."Au VIe siècle, le pape Grégoire aurait eu une vision de cet archange dégainant l’épée de son fourreau. Et suite à cette vision, l’épidémie de peste à Rome se serait arrêtée", explique Nacle qui a délaissé sa signature toute en couleurs pour un dégradé noir et blanc de circonstance pour cette œuvre. De quoi interpeller le Prince de tous les anges de Bien ? Ou simplement témoigner de la foi en l’avenir ? "On voulait en fait écrire une histoire par rapport à la période que l’on vit à l’heure actuelle qui nous touche tous", répond Frédéric Demilly, garagiste à l’origine du projet. Les riverains apprécient la fresque D’habitude réservée aux noctambules, la performance s’est donc faite en plein jour. Les riverains du quartier apprécient alors le spectacle, et le message qui se cache derrière les bombes de peinture. En ce temps de disette artistique, la culture qui fait le mur, ça parle forcément à tout le monde. "Il est franchement magnifique. J’envisage même de faire tagguer quelque-chose sur ma maison", s’amuse une habitante. "On est bien gâté, c’est pas mal. Ça fait un peu distraction", salue un autre résident. Mais en attendant qu’elle prenne véritablement fin, le monde de la culture doit se réinventer, et le street art, même à l’air libre, n’est pas dispensé. A l’orée de ses 10 ans, le festival Bien Urbain se bat par exemple pour maintenir son édition prévue le 3 juin. "On a encore plus envie de faire des choses, de montrer que la culture est là, qu’elle vit, qu’elle est essentielle et qu’il faut se remettre en question sans arrêt, s’adapter et ne pas se laisser abattre par tout ce qui arrive", affirme Chloé Cura, responsable communication de l’association Juste Ici qui gère le festival Bien Urbain. Une réalisation cette fois ancrée dans le temps Lors du premier confinement, Nacle avait déjà représenté l’archange Michel dans un graff. Une œuvre qui avait pour but d’être recouverte. Tout un symbole, le tag était ainsi éphémère, comme devait l’être la pandémie. Plus vite il disparaissait, plus vite la crise sanitaire devait prendre fin. Mais cette fois, la réalisation se veut éternelle."D’une part parce que la situation que l’on vit n’est pas éphémère, contrairement à ce qu’on aurait pu penser l’année dernière. Et de plus pour un devoir de mémoire, et qu’on s’en souvienne dans quelques temps", explique l'artiste. Le virus a donc son curieux effet papillon. Celui de rendre éternel des œuvres destinées à ne pas durer. Pour conjurer la pandémie ou du moins ne pas l’oublier, le musée à ciel ouvert c’est non-stop et c’est gratuit.