À la Une: les Balkans occidentaux selon Emmanuel Macron : ensemble, mais pas dans l’UE

Une revue de presse présentée en partenariat avec Le Courrier des Balkans.

Dans son discours prononcé le 9 mai à Strasbourg à l’occasion de la Journée de l’Europe, Emmanuel Macron a refroidi les rêves d’adhésion européenne de l’Ukraine, mais aussi des pays candidats des Balkans occidentaux. Il a proposé que les pays non membres de l’UE s’unissent entre eux dans le cadre d’une nouvelle « communauté politique européenne ». Une annonce perçue par les experts comme une tentative d’étouffer l’élargissement de l’UE.

Le 12 mai, le Kosovo a déposé sa candidature d’adhésion au Conseil de l’Europe, saisissant l’opportunité de la récente exclusion de la Russie suite à l’invasion de l’Ukraine. Le jeune pays a de bonnes chances d’être admis, les décisions étant prises à la majorité des membres. La Serbie, qui s’était montrée particulièrement menaçante face à cette perspective, a annoncé des représailles, convoquant un Conseil de sécurité nationale dès le lendemain.

Telegram, l’application favorite des complotistes pro-russes

Depuis l’invasion russe en Ukraine, les groupes pro-russes prolifèrent en serbo-croate sur Telegram, suivis par des dizaines de milliers de personnes. L’application de messagerie cryptée, réputée plus laxiste face aux discours de haine, constitue une puissante caisse de résonance pour les adeptes des théories du complot, qui réécrivent l’Histoire et répandent des informations non vérifiées et des messages de haine en toute impunité.

Rassemblées derrière une banderole à la gloire du « Régiment immortel » de Vladimir Poutine, plusieurs centaines de personnes ont défilé le 9 mai dans les villes serbes de Belgrade, Niš, Novi Sad, mais aussi à Banja Luka, la capitale de l’entité serbe en Bosnie-Herzégovine. Objectif des manifestants : commémorer la victoire sur le nazisme en 1945 au rythme de chants russes, mais aussi soutenir ce qui est à leurs yeux le combat de la Russie contre un fascisme qui renaît aujourd’hui. « Je suis là pour soutenir Poutine, un homme exceptionnel, un frère slave qui combat le mal nazi », a expliqué l’un des marcheurs portant un « Z » aussi grand que lui.

Depuis l’invasion russe en Ukraine le 24 février, la guerre aurait ôté la vie de plus de 46 000 personnes et poussé 14 millions d’Ukrainiens à fuir leur pays. Assiégée depuis le début, Marioupol est aujourd’hui réduite en ruines. La ville portuaire avait été durant des siècles le centre de la communauté grecque d’Ukraine. Venus s’installer au XVIIIe siècle, les Grecs avaient nommé la ville en l’honneur de la Vierge Marie.

Moldavie : en Transnistrie, « les forces armées sont prêtes au combat »

En Moldavie, petit pays frontalier de l’Ukraine, la situation est toujours tendue. Selon les services de renseignements américains, Vladimir Poutine ne compterait pas s’arrêter au Donbass et voudrait porter le conflit jusqu’à la région séparatiste moldave de la Transnistrie. Si le gouvernement moldave se veut rassurant, plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer l’absence de plan B si la situation venait à s’envenimer.

La situation pousse certaines institutions européennes à réagir. Le 5 mai, le Parlement européen a voté une résolution pour que les dirigeants européens accordent à la Moldavie le statut de pays candidat à l’intégration. Un geste avant tout symbolique, alors que le Conseil européen se réunira les 23-24 juin à Bruxelles. En attendant, l’UE renforce ses aides financières pour aider Chișinău à faire face à l’arrivée massive de réfugiés ukrainiens et sortir de sa dépendance énergétique envers Moscou.

Très dépendante envers les hydrocarbures russes également, la Bulgarie, à la fois russophile et membre de l’UE et de l’Otan, se trouve déstabilisée sur tous les fronts par la guerre en Ukraine et la récente coupure du gaz russe. Depuis le 28 avril, elle n’est en effet plus approvisionnée, car elle fait partie des pays européens « inamicaux » qui ont refusé de payer leurs livraisons en roubles, comme l’exige désormais Gazprom en rétorsion aux sanctions à l’égard de la Russie. La crise énergétique qui s’ouvre provoque notamment tensions et divisions au sommet de l’État bulgare entre la présidence et le gouvernement.

En Serbie, l’Ukraine est à l’honneur du Festival de films documentaires Beldocs qui se tient du 11 au 18 mai à Belgrade. Une centaine de films contemporains et souvent engagés y sont présentés, dont Mariupolis, en hommage au réalisateur Mantas Kvedaravičius, mort en Ukraine début avril.

Loin de l’Ukraine, la crise des réfugiés continue sur la route des Balkans. Dans un rapport publié le 4 mai, trois ONG dénoncent un système « deux poids, deux mesures » pour les réfugiés en Grèce. Alors que les Ukrainiens sont traités avec humanité, les exilés venant d’autres pays en guerre sont violemment refoulés aux frontières, notamment dans la région de l’Evros. Une nouvelle pratique consiste à abandonner pendant plusieurs jours, sans eau ni nourriture, des groupes d’exilés sur des îlots au milieu du fleuve.

Avorter en Croatie, la croix et la bannière

La colère monte en Croatie à cause d’un nouveau scandale d’ampleur sur l’avortement. Mirela Čavajda, enceinte de plus de six mois, n’a trouvé aucune clinique autorisant l’opération alors que son bébé souffre d’une grave tumeur logée sur le cervelet, rendant ses chances de survie à la naissance quasi nulles et laissant présager l’existence de lourdes malformations. La loi garantissant son accès date pourtant de l’époque socialiste yougoslave, mais depuis l’indépendance en 1991, les attaques émanant de groupes proches de l’Église catholique croate se multiplient contre ce droit et il devient de plus en plus compliqué pour les femmes d’interrompre leur grossesse. Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes croates le 12 mai.

En Roumanie, l’actrice Viorică Vodă a jeté un pavé dans la mare lors de la cérémonie des Gopo Awards, qui a rassemblé début mai le gotha du cinéma roumain. Elle y a dénoncé le harcèlement sexuel dont elle a été victime lors du tournage du célèbre film de Noe Caramfil Philanthropique (2002). Une première dans un pays qui n’a pas encore connu de mouvement #metoo.

La Serbie s’est qualifiée pour la finale de l’Eurovision ce 14 mai. Elle sera représentée par la chanteuse Ana Đurić, alias Konstrakta. Avec plus de 14 millions de vues sur YouTube, sa chanson In Corporel Sano est devenue un hit dans les Balkans et au-delà. Car l’artiste, égale à elle-même malgré son succès, incarne une volonté de changement pour de nombreux fans qui se retrouvent dans ses textes. Sa présence détonne dans un concours de paillettes où prime le politiquement correct.

Enfin, une nouvelle majeure pour les scientifiques. Une équipe d’archéologues suisso-albanaise, chapeautée par l’Université de Berne aurait peut-être découvert les plus anciennes traces d’agriculture d’Europe, au fond du lac d’Ohrid, frontalier entre la Macédoine du Nord et l’Albanie. Trois sites d’habitation sur pilotis ont été identifiés et les premières analyses indiquent que le plus ancien daterait de 14 000 ans avant J.-C.

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles