Aix . En première mondiale au festival d’art lyrique, le Britannique George Benjamin enlumine un opéra à l’écriture limpide.
Ovation debout le 7 juillet pour le second opéra de George Benjamin, compositeur phare de la scène britannique. Un déchaînement jamais vu. Certes, le public du festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence est en bonne partie anglais. Mais cela ne suffit pas à expliquer ce triomphe : Written on Skin, s’il n’est pas miraculeux, est tout de même très satisfaisant. C’est son mérite, et sa limite. Le livret tourne autour d’une «page secrète», mais la partition, elle, ne laisse nulle part à l’ombre et au négatif. Elle est tendue quand il y a de la tension, hésitante, horrifique, apaisée tour à tour selon les besoins du drame.
«Cœur mangé». Benjamin évoque les mânes de Berg et Debussy à propos de cet opéra, mais il est plus «expressiviste» qu’eux, illustratif («Je voulais surtout que la ligne vocale reflète les intentions des personnages à tout moment») - et sans péril. Il casse quand même la baraque par deux fois, dans le duo amoureux et orgasmique des deux amants, dans la montée au ciel de la femme sacrifiée.
L’intrigue, reprenant la trame classique du «cœur mangé», met en scène un propriétaire du XIIe siècle, qui commandite une série d’enluminures célébrant sa propre vie et celle de sa famille à un miniaturiste. Le peintre et la femme du donateur commettent l’acte de chair, et le dessinateur dissimule cette image dans son livre, où elle transpire comme une présence vive. Malgré les dénégations du couple adultère, le baryton tue le jeune contre-ténor et en fait manger le cœur à son épouse soprano.
A cette histoire simple vient s’ajouter une couche distanciée. Les personnages sur scène ne sont pas les «vrais» protagonistes de ce crime médiéval, mais trois anges qui, comme nous, vivent à l’époque des «parkings» et ont décidé de ressusciter le temps où chaque livre était «un objet précieux écrit sur la peau». Ils interprètent donc les rôles de la femme, de (...)
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