PARIS (AP) — Temps fort des enchères de l'automne, la dispersion de la remarquable collection Fabius Frères organisée mercredi et jeudi chez Sotheby's sonnera également la fin d'une épopée flamboyante pour cette dynastie d'antiquaires parisiens qui couvre quatre générations.
Les 400 pièces mises à l'encan par Sotheby's en collaboration avec la maison de ventes Piasa racontent cette longue histoire initiée par Elie Fabius, fondateur d'une galerie d'art installée à Paris en 1882 et devenu très rapidement un acteur majeur du marché de l'art jusqu'en 1942.
Un amour de l'art, plus particulièrement des pièces de la fin XIXe, qu'il a transmis à ses fils André, Pierre et Fernand. Ces derniers sont à l'origine de l'appellation "Fabius Frères" et de la galerie portant leur nom, installée boulevard Haussmann à Paris, jusqu'à nos jours.
Fils d'André et frère de l'homme politique Laurent Fabius, François, un cavalier émérite et champion de France d'équitation toutes catégories en 1962, avait repris les rênes de la galerie d'antiquités en 1972, avant de disparaître brutalement des suites d'un cancer en août 2006.
"Dans la vie de tous les collectionneurs, il arrive ce moment où, malheureusement, les descendants n'ont plus envie ou n'ont pas la fibre de poursuivre une oeuvre", a expliqué à l'Associated Press Alain Cadiou, président de Piasa, en référence au travail de sauvegarde effectué depuis 2006 par Armelle Fabius, veuve de François, pour maintenir à niveau la prestigieuse collection.
Cela n'ôte en revanche rien à la qualité des oeuvres mises à l'encan mercredi et jeudi. Bien au contraire. Chef-d'oeuvre de la sculpture et de la virtuosité de Jean-Baptiste Carpeaux, le marbre "Daphnis et Chloé", à la fraîcheur mêlée de sensualité, devrait facilement trouver preneur entre 1 et 1,5 million d'euros.
Estimée entre 50.000 et 70.000 euros, "Ugolin et ses enfants", une épreuve retouchée par l'artiste, figurant un épisode de "L'Enfer" de Dante, possède son double de bronze, aujourd'hui exposé au Musée d'Orsay à Paris.
S'agissant d'Antoine-Louis Barye, l'autre artiste majeur au coeur de cette collection, des batailles d'enchères sont attendues pour ses bronzes, toutes des fontes du vivant de l'artiste, comme "Thésée et le Minotaure" (200.000/300.000 euros) ou ses bestiaires étonnants de réalisme.
Il en est ainsi de cet "Eléphant", un bronze estimé entre 300.000 et 500.000 euros, ou encore "Eléphant écrasant un tigre", un autre bronze à patine brute et aux détails frisant l'obsession (150.000/250.000 euros). La même acuité naturaliste est de mise pour "Tigre dévorant un gavial" (50.000/70.000 euros).
"La plupart de ces oeuvres sont 'muséales' tant par le fait qu'on en trouve l'origine et l'historique jusque dans les ateliers des artistes concernés que par le fait qu'elles sont dans un état de conservation exceptionnel", a confié à l'AP Ulrike Götz, responsable du département sculptures et objets d'art chez Sotheby's.
Des pièces qui devraient intéresser en premier lieu quelques grands musées internationaux, mais aussi de simples collectionneurs privés. Les frères Fabius, en véritables "encyclopédistes" notamment de Carpeaux, s'étaient également intéressés à nombres d'oeuvres dérivées de l'artiste, dont de multiples dessins et esquisses, accessibles pour certains d'entre eux pour quelques centaines d'euros. AP
Sur le Net: www.sothebys.com/fr/auctions/list.html
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