Que la Sarkozie soit en pleine noyade, l’impression est incontestable, vu de la rive. Initiatives intempestives (la TVA sociale), sommets improvisés, annonces d’interventions encore lointaines ne visant qu’à gagner du temps, échos discordants provenant du premier cercle (il va se déclarer plus tôt, à moins que ce ne soit plus tard), mouvements désordonnés, eau avalée par paquets, panique dans la troupe, épuisement qui gagne, joues qui bleuissent.
A quiconque contemple ce spectacle cruel, la lecture des pages politiques des journaux offre un curieux décalage, et l’impression bizarre de vouloir éviter la vision d’ensemble. Ce ne sont que plans ultraserrés, commentaires collés au plus près de l’événement, et entretien mécanique d’un faux suspense. On lit que «Sarkozy va s’efforcer de», que «les choses se compliquent pour lui», que la semaine sera «cruciale», on détaille «les quatre bonnes raisons qui plaident pour le scénario de l’accélération», on explique que «la bataille de la communication va maintenant tourner autour de ces thèmes». Ah, ces «scénarios», entre lesquels l’Elysée va «trancher». Bref, on décrit cliniquement les mouvements du noyé, sans ressentir le besoin de préciser qu’il se noie.
N’en prenons qu’un exemple, un article du Figaro sur la stratégie de Sarkozy. Le journaliste cite «un ministre influent» : «un mois de campagne, c’est suffisant. Sarkozy se mettra à nu devant les Français, il dira avec humilité qu’il n’a pas tout réussi, mettra en perspective ce qui a marché, et proposera un chemin pour la suite. Il mettra tout sur la table d’un coup. Sur ce temps très court, il ira à la rencontre des Français. Plus il le fait tard, plus il a des chances que ce message soit retenu. Pour l’instant, il doit continuer à capitaliser sur le fait qu’il travaille.» Ah, ce : «Il se mettra à nu, dira qu’il n’a pas tout réussi.» Le journaliste qui a recueilli ces perçantes anticipations les répercute sans rire.
Cette étonnante myopie volontaire ne s’applique (...) Lire la suite sur Liberation.fr
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