Des hommes aux visages masqués par des tee-shirts ou des foulards, comme désireux d’échapper à toute identification. Comme s’ils se défendaient de tout regard, y compris celui du photographe dont on aperçoit parfois le reflet oblique dans les lunettes de soleil. Avec leurs vêtements de fortune, ces inconnus se protègent de la chaleur de Dubaï, implacable, aux limites du tolérable, jusqu’à 50°C en été.
Ces hommes sont des ouvriers, figures singulières de Workers Emirates, le dernier livre de Philippe Chancel, Parisien de 52 ans. Ils appartiennent à l’envers du décor fantasmagorique qu’est devenue Dubaï, symbole d’un Moyen-Orient dopé par ses puits de pétrole. Hier, désert de sables perlés où le Britannique sir Wilfred Thesiger, le dernier des explorateurs nomades, s’aventurait sur la côte des pirates ; aujourd’hui métropole enlisée dans la surenchère, à l’image de sa tour suprême, Burj Khalifa, 164 étages et 828 mètres de hauteur. Venus du Pakistan ou d’Inde, ces travailleurs construisent les rêves de grandeur à Dubaï, comme à Abou Dhabi ou à Chardja, dans les émirats limitrophes où Chancel a fait étape. Salaire mensuel : 120 euros, et des dortoirs d’un autre siècle dans des campements cernés de barbelés. Au bout de trois ans, ces jeunes gens, 25 ans de moyenne d’âge, doivent retourner chez eux.
Philippe Chancel les a photographiés entre décembre 2007 et avril 2011, à la sauvette. Sous tension. «Je ne voulais pas demander d’autorisation, explique-t-il à Damien Sausset, historien de l’art. Cela revenait à entrer dans un système, me soumettre à de possibles formes de censure ou de propagande. Comme pour mes anciens travaux, je voulais rester direct, sans intermédiaires.» Aucun apprêt, aucune pose, pas la moindre indication. Avec son Hasselblad numérique, Philippe Chancel interpelle ses futurs modèles, «les cadre un à un, le plus vite possible afin de leur ôter toute possibilité de se mettre en scène. Cette stratégie visait aussi à [lui] éviter le maximum d’ennuis (...) Lire la suite sur Liberation.fr
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