C’est quoi un grand écrivain ? Quelqu’un qui révèle des réalités enfouies ou inaperçues, qui traduit les forces obscures en jeu dans la société ou dans les rapports entre les personnes. Quelqu’un, aussi, qui produit sa forme et sa langue. Antonio Tabucchi est un grand écrivain. Un très grand écrivain. Disparu hier à l’âge de 68 ans, il laisse derrière lui une œuvre majeure, qui continuera de retentir dans la tête des lecteurs, passés et à venir.
Ce qui frappait, d’emblée, chez lui, c’était son intelligence, sa culture. Il avait énormément lu et gardait en tête des phrases, des poèmes, qui irriguaient ses écrits sans jamais les alourdir. C’était son élégance. Et son génie : car il y avait du génie chez Tabucchi, une incroyable lucidité et une écoute du monde, des autres. Il se définissait volontiers comme un voleur d’histoires, et nombre de ses récits font référence à cette idée de construire la fiction par des bouts de phrases captés dans la rue, au fil d’une conversation. Des bouts de destin aussi, qui, dans leur enchaînement, finissent par former un personnage, dont le parcours s’évanouit dans la brume du doute et des hypothèses ouvertes. Au fond, il croyait en sa bonne étoile. Et l’inspiration était chez lui de l’ordre de la visitation : des anges, bénéfiques ou maléfiques, qui venaient vers lui pour lui livrer des histoires.
«La Dolce Vita». Né à l’automne 1943 à Pise, Antonio Tabucchi a très tôt entendu les bruits de la guerre, ceux des avions et des bombardements. Il fut nourri des récits du temps du fascisme et de la résistance par son grand-père et son oncle - celui qui lui apportera des livres lorsqu’il sera cloué au lit par une fracture osseuse vers l’âge de 10 ans, et qui, plus tard, l’emmènera voir au musée des Offices à Florence les peintures dont il lui offrait des reproductions en carte postale. L’imaginaire s’est forgé pendant toutes ces années de l’enfance qui nourriront l’ensemble de l’œuvre et de ses thèmes. Le film de Fellini, la Dolce vita, (...) Lire la suite sur Liberation.fr
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