Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof, pointe le retour des clivages sociologiques traditionnels.
Bruno Cautrès, chercheur CNRS au Cevipof et enseignant à Sciences-Po, est spécialiste de l’analyse des comportements et des attitudes politiques.
Selon notre enquête Viavoice, 68% des ouvriers et 58% des employés ont voté Hollande au deuxième tour. Les classes populaires sont-elles de nouveau de gauche ?
Un tiers des ouvriers avait voté pour Le Pen au premier tour, mais, au second, il y a bien eu une plus forte concentration de votes des milieux populaires en faveur du candidat de la gauche. Au second tour, la dimension socio-économique est toujours plus importante, alors qu’au premier, compte tenu de l’offre électorale où les extrêmes sont représentés, beaucoup d’autres facteurs, notamment culturels, peuvent motiver le vote. Dans ce combat gauche-droite, on retrouve des coupures sociologiques traditionnelles.
Le vote de classe existe donc encore ?
Outre les ouvriers et les employés, on retrouve dans le vote Hollande une forte présence des professions intermédiaires, une composante essentielle de l’électorat PS depuis des décennies, ainsi que des cadres et professions intellectuelles. Les salariés, et en particulier ceux du secteur public, ont aussi majoritairement fait le choix de Hollande, bien conscients que l’avenir du secteur public était un enjeu de l’élection. Le clivage entre les indépendants - chefs d’entreprises, artisans, agriculteurs, commerçants -, qui ont largement soutenu Sarkozy, et les salariés reste majeur. Les chômeurs et les travailleurs en intérim ont eux aussi d’abord voté à gauche. Les clivages de classe n’ont donc pas disparu, mais ils se sont transformés durant les dernières décennies.
Cette coalition sociologique, qui a porté Hollande au pouvoir est-elle surprenante pour un candidat socialiste ?
La fondation Terra Nova avait publié avant la campagne une note qui avait fait débat. Elle y affirmait que la coalition sociologique gagnante pour le candidat (...)
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