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La dernière débâcle en Bourse attire des investisseurs

Par Juliette Rouillon Reuters - Jeudi 9 octobre, 17h32

PARIS (Reuters) - La dernière débâcle sur les Bourses européennes incite des investisseurs à revenir timidement sur les marchés d'actions, dont les valorisations sont tombées à des plus bas historiques.

"Fondamentalement, on est arrivé à des niveaux d'achat. Les actions sont au plus bas depuis 25 ans, même retraitées de la partie atypique du marché, c'est-à-dire du secteur financier", commente Romain Boscher, responsable de la gestion actions chez Groupama Asset Managers. "Le marché est redevenu attractif."

Dans ce contexte, il est devenu intéressant d'investir en actions, ne serait-ce que pour le dividende, estime-t-il.

"Le rendement des actions est supérieur au rendement des obligations. Aujourd'hui, cela peut être intéressant. A lui seul, il vous couvre votre coût de financement", ajoute-t-il.

"Je ne suis pas certain que, dans l'immédiat, on ne pourrait pas perdre ou gagner encore 15%, mais quand le portage (coût de l'immobilisation des capitaux) redevient positif, c'est moins coûteux d'attendre", précise ce gestionnaire de fonds.

La valorisation des actions européennes est de 8,5 fois leurs bénéfices estimés pour 2009, alors que le PER moyen sur 30 ans est de 13, note pour sa part Franz Wenzel, directeur adjoint de la stratégie d'investissement chez Axa Investment Management.

"Implicitement cela veut dire que les marchés anticipent une baisse des profits pouvant aller jusqu'à 25-30%", poursuit-il.

"Si j'étais gérant, je passerais aussi neutre sur les actions parce qu'on pourrait avoir un fort rebond intermédiaire dans le cadre de la tendance baissière - de 10%, 15%, 20% - ça peut aller vite. Il ne faudrait pas le rater", ajoute-t-il.

De son côté, Jean d'Anjou, responsable de la stratégie d'Oddo Securities, a légèrement relevé jeudi son allocation en actions pour la première fois depuis novembre 2007.

Oddo est désormais "neutre" sur les actions, alors que le broker sous-pondérait de 5% cette classe d'actifs auparavant, selon une note de stratégie publiée jeudi par l'intermédiaire.

Il est encore trop tôt pour être optimiste sur les actions, mais "le pire est peut-être passé", estime ce stratège, qui reste néanmoins à l'écart des valeurs cycliques pour l'instant.

L'ampleur de la correction - et la conviction que les interventions publiques pourraient bientôt atteindre leur but et débloquer les marchés du crédit - peut justifier ce retour, dit-il.

"Les corrections par rapport aux plus hauts du marché ont été supérieures à celles que l'on avait connues en phase de récession dans les précédents marchés baissiers", poursuit-il.

Il ajoute que la volatilité des marchés a fortement augmenté, l'indice Vix de volatilité des marchés américains ayant été supérieur à 40 pendant six séances d'affilée et ayant atteint des niveaux historiques de plus de 50 points au cours des deux dernières séances.

Quant aux interventions publiques, "l'image que nous en avons pour le moment est celle d'actions non coordonnées qui, prises séparément, ne semblent pas faire grande impression sur les marchés. Mais nous sommes disposés à parier, qu'ajoutées les unes aux autres, dans les prochaines semaines, elles atteindront la masse critique et produiront des résultats tangibles, ce qui devrait déclencher un retournement psychologique", écrit-il.

MARCHÉS DÉSORIENTÉS

Quoiqu'il en soit, malgré la baisse coordonnée des taux d'intérêt mercredi, les investisseurs attendent encore un renforcement des mesures de sauvetage du système financier.

"Le marché est encore totalement désorienté. Il n'a plus aucun repère. La baisse des taux est une condition nécessaire mais malheureusement pas suffisante", estime Franz Wenzel.

"Beaucoup d'éléments sont encore nécessaires pour stabiliser le marché monétaire qui est au coeur de la crise. Une baisse des taux de 50 points de base, cela aide le moral des investisseurs, mais cela ne règle pas le problème du marché interbancaire.

AXA IM attend encore des baisses de taux de 1O0 points de base de la banque centrale européenne dans les six mois à venir.

"Aujourd'hui, on se trouve dans une rue pleine de porcelaine cassée. Il faut un bulldozer pour nettoyer tout cela."

A court terme, les ventes forcées de fonds et d'autres investisseurs ayant eu recours à de forts effets de leviers, devraient continuer à coiffer tout redressement des marchés.

"On est clairement dans la phase de capitulation pour ne pas dire de panique et on le restera tant qu'il y aura des ventes forcées, que ce soit de 'hedge funds', de fonds de 'private equity', d'autres fonds d'investissement ou encore d'oligarques russes", estime Romain Boscher.

"La baisse des taux est symboliquement positive, mais pas suffisante pour stabiliser les marchés."

Au-delà, le spectre de la récession devrait encore peser sur la tendance en Bourse pendant encore plusieurs mois.

"Le scénario pour les actions n'est pas exactement rose (...). Mais il est important de souligner que nous retrouvons un scénario traditionnel de retournement de conjoncture économique et nous pouvons penser, dans ce cas, que la correction que nous avons eu (...) est peut-être suffisante", écrit Jean d'Anjou.

Édité par Jean-Michel Bélot

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