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La présence d'éthylotests dans les cafés-restaurants critiquée

Reuters - Lundi 12 mai, 19h45

PARIS (Reuters) - L'annonce par le ministre de l'Écologie Jean-Louis Borloo de l'installation obligatoire d'éthylotests électroniques dans les débits de boisson ouvrant tardivement suscite les critiques d'une organisation professionnelle et de la Ligue contre la violence routière.

Dimanche soir sur France 2, Jean-Louis Borloo a annoncé la présentation en Conseil d'Etat ce lundi d'un projet de décret rendant obligatoire la présence d'éthylotests électroniques dans tous les débits de boisson "ouvrant jusqu'à deux heures du matin en gros".

"J'espère que pour l'été, ce sera obligatoire dans tous les débits de boisson", a-t-il ajouté, précisant : "même si ce n'est pas populaire, on ne lâchera rien".

La mesure aurait déjà été testée sur 350 sites dans l'ouest de la France. Il fait état de l'appui des professionnels. L'alcoolémie tolérée au volant est de 0,5 gramme en France, soit deux ou trois verres de vin.

Chantal Perrichon, présidente de la Ligue contre la violence routière a estimé sur France info qu'il s'agissait d'une annonce de "communication" et a souligné qu'elle avait déjà été faite en février, sans applications immédiates.

Elle estime qu'elle n'aura guère d'effet puisque, pense-t-elle, seules les personnes de bonne foi, qui ont peu bu, auront recours à l'éthylotest, dont l'usage restera facultatif. Pour elle, la seule action efficace serait donc de renforcer les contrôles routiers et de multiplier les radars automatiques.

"On sait que le problème de l'alcool est beaucoup plus important que cela. Dans 80% des accidents mortels, le taux d'alcoolémie est supérieur à 1,2 gramme", a-t-elle dit, estimant qu'une action gouvernementale générale faisait défaut.

Bernard Cartier, président de la Fédération nationale des cafés, bars et discothèques, a estimé de son côté que la mesure était mal ciblée car l'essentiel de l'alcool consommé en France (autour de 80%) est acheté dans les boutiques et les supermarchés.

DIMINUTION DEPUIS LES ANNÉES 80

"La lutte contre l'alcoolisme, elle doit passer par les hypermarchés où la vente d'alcool se fait n'importe comment et à n'importe qui", a-t-il dit sur France Info, mettant le gouvernement au défi de "s'attaquer à la grande distribution".

Pour lui, le risque est de faire périr ce qu'il voit comme des lieux de convivialité, dont le nombre est passé en trente ans de 200.000 à 40.000.

"Nous venons de subir l'interdiction de fumer, la lutte contre l'alcoolisme, le bruit, l'hygiène et on en remet une couche", a-t-il ajouté.

André Daguin, président de l'Union des industries et des métiers de l'hôtellerie, a en revanche salué "une bonne mesure pour des professionnels qui seront à l'abri de responsabilités excessives", tout en soulignant que les cafetiers étaient déjà soumis à des obligations, notamment celle de ne pas servir d'alcool aux mineurs.

Son organisation est en négociation avec un fabricant d'éthylotests pour une généralisation de son installation mais il dit souhaiter que l'Etat participe financièrement.

L'annonce de Jean-Louis Borloo est intervenue à la fin d'un week-end meurtrier sur les routes françaises, avec notamment samedi soir en Moselle la mort de quatre jeunes gens de 15 à 26 ans, dans un accident imputé à l'état d'ébriété présumé du conducteur, qui aurait aussi déclaré avoir fumé du cannabis.

La tendance est néanmoins plutôt à la baisse avec 4.615 morts en 2007, moins de la moitié des chiffres des années 80.

Ces statistiques ont fortement diminué ces dernières années avec la mise en service de radars automatiques sur les routes et une répression policière et judiciaire accrue de la délinquance routière.

Le gouvernement a annoncé la semaine dernière le lancement d'une nouvelle campagne télévisée.

Thierry Lévêque

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