LE CAIRE (Reuters) - La Ligue arabe a annoncé dimanche qu'elle enverrait immédiatement à Beyrouth une délégation conduite par son secrétaire général, Amr Moussa, et par le Premier ministre du Qatar afin de tenter une médiation pour mettre fin à un conflit fratricide au Liban, le pire depuis 18 ans.
Les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe réunis d'urgence au Caire ont demandé à l'armée libanaise d'aider la délégation à pénétrer dans la capitale, dit un communiqué de la Ligue arabe.
Ils ont invité les dirigeants de l'opposition emmenée par le Hezbollah, et notamment Sayyed Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, et les principaux piliers du gouvernement de coalition à discuter de la "grave situation" avec la délégation.
La Ligue arabe a lancé un appel à l'arrêt immédiat des affrontements entre factions au Liban et à l'interposition de l'armée régulière entre belligérants.
Les ministres étaient réunis à la demande de l'Arabie saoudite et de l'Egypte, qui soutiennent le gouvernement de Fouad Siniora, qui a fait face ces derniers jours à Beyrouth à une insurrection du Hezbollah, soutenu par la Syrie, dont le chef de la diplomatie a boudé la réunion du Caire.
Au moins 49 personnes ont été tuées et 140 autres ont été blessés durant les cinq derniers jours dans des affrontements entre miliciens armés de l'opposition et partisans du gouvernement à Beyrouth même mais aussi dans le nord et dans l'est du pays.
"TERRIBLE PRIX"
Le conseil ministériel de la Ligue "réclame un arrêt immédiat des bombardements et fusillades, le retrait des hommes armés et qu'on permette à l'armée de se déployer dans ces zones", déclaré un communiqué lu par le secrétaire général adjoint de la Ligue, Ahmed Ibn Hilli.
Des soldats libanais patrouillaient dimanche dans les rues de Beyrouth, d'où les miliciens du Hezbollah se sont retirés la veille à la suite de l'entrée en scène de l'armée pour désamorcer la crise, mais des combats meurtriers entre partisans et adversaires du gouvernement ont été signalé à Tripoli, dans le nord, et à Aley, dans l'est.
"C'est vrai que les parties libanaises sont en mesure de résoudre leurs problèmes, mais la phase qu'elles traversent actuellement laisse présager de graves conséquences et la nation (arabe) n'a pas besoin de nouvelles dissensions dans ses rangs", a estimé le chef de la diplomatie djiboutienne, Mahamoud Ali Youssouf.
Ce dernier, dont le pays occupe actuellement la présidence tournante de la Ligue arabe, a prôné lors de l'ouverture de la réunion du Caire le règlement pacifique des désaccords au sujet de la crise libanaise faute de quoi "à la fin ce serait le peuple libanais qui en paierait le terrible prix".
CHRONOLOGIES DIVERGENTES
La Ligue arabe a proposé depuis plusieurs mois déjà un plan de règlement de la crise libanaise prévoyant l'élection d'un nouveau président, la formation d'un gouvernement d'union et une réforme de la loi électorale en vue d'un nouveau scrutin législatif en 2009.
Le Liban est sans président depuis l'expiration du mandat du pro-syrien Emile Lahoud en novembre. L'opposition emmenée par le Hezbollah et soutenue par la Syrie et l'Iran bloque l'élection de son successeur consensuel, le chef de l'armée Michel Souleïmane, en exigeant d'obtenir un droit de blocage au sein du futur gouvernement d'unité.
Le plan de la Ligue arabe a été approuvé à la fois par l'Arabie saoudite, principal allié du gouvernement Siniora, et la Syrie, mais Ryad a accusé Damas d'entraver sa mise en oeuvre.
La Syrie a présenté la prise de contrôle de Beyrouth-Ouest par le Hezbollah ces derniers jours comme une "affaire intérieure libanaise" tandis que l'Iran a imputé l'évolution de la situation aux "ingérences aventuristes" des Etats-Unis et d'Israël.
Au siège cairote de la Ligue arabe, on déclare que les ministres des Affaires étrangères devraient appeler à un accord immédiat sur l'élection de Souleïmane et la formation d'un gouvernement d'union.
Ils chargeraient d'autre part une équipe de "personnalités politiques, intellectuelles et neutres" de se pencher sur la rédaction d'un nouveau code électoral.
Le Hezbollah, qui a annoncé samedi qu'il continuerait sa campagne de désobéissance contre le cabinet Siniora tant que ses revendications politiques ne seraient pas satisfaites, exige un accord sur un gouvernement d'unité et une nouvelle loi électorale avant l'élection de Souleïmane, ce qui n'est pas la chronologie prévue par le plan de la Ligue arabe.
Les pays arabes modérés et les puissances occidentales qui soutiennent Siniora réclament l'élection de Souleïmane avant toute chose.
Version française Marc Delteil et Nicole Dupont

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