BELGRADE (Reuters) - Les Serbes sont appelés à choisir ce dimanche, à l'occasion d'élections législatives anticipées, s'ils veulent adhérer à l'Union européenne ou s'ils préfèrent sacrifier les avantages de cette appartenance sur l'autel du Kosovo.
Quelque 6,7 millions d'inscrits étaient conviés aux urnes. Les bureaux de vote devaient fermer à 20h00 et les premières tendances être connues dans les deux heures suivantes.
Si les électeurs privilégient les nationalistes du Parti radical (SRS), la Serbie sera le seul pays des Balkans à rejeter la voie de l'UE. S'ils donnent au Parti démocrate (DS) du président serbe, le pro-occidental Boris Tadic, les moyens de gouverner, ils confirmeront l'issue de l'élection présidentielle de février, antérieure à la proclamation de l'indépendance du Kosovo.
"On ignore si les partis pro-occidentaux seront en mesure de combattre la puissance rhétorique des partis nationalistes", souligne Dragana Ignjatovic, de Global Insight, une société de renseignement économique. "Cette élection sera cruciale pour le rythme de l'intégration européenne de la Serbie dans les prochaines années."
KOSTUNICA, LA CLEF DE LA MAJORITÉ ?
Une victoire du camp nationaliste, emmené par Tomislav Nikolic, serait dans la lignée de l'isolationnisme serbe qui a dominé depuis les années 1990. Elle porterait aussi un coup à la stratégie de l'Europe de l'Ouest de stabiliser la région en la plaçant sous l'aile de l'UE.
Les nationalistes, pour qui l'honneur serbe était en jeu lors de ce scrutin anticipée, estiment que la Serbie ne peut pas docilement rejoindre une UE qui lui demande de reconnaître officiellement que le Kosovo est un Etat indépendant.
Ils dénoncent également les huit années de gouvernements pro-occidentaux et de libéralisme économique qui, disent-ils, n'ont apporté au peuple serbe qu'humiliation et pauvreté.
"Nous éradiquerons la corruption et la criminalité et créerons le plein-emploi", a dit Tomislav Nikolic après avoir voté. "Nous ferons de la Serbie un pays au peuple de nouveau fier, nous défendrons nos frontières et coopérerons avec tout le monde, en toute transparence avec nos amis, avec prudence avec ceux qui montrent qu'ils ne sont pas nos amis", a-t-il ajouté.
A l'inverse, les partisans d'une intégration dans l'UE insistent sur le fait que la Serbie appartient à l'Europe et que le pragmatisme doit prévaloir. Le président Boris Tadic, qui cherche à sortir de l'opposition Kosovo-UE, estime que l'ancrage à l'ouest est le seul moyen d'attirer les investisseurs étrangers et de relever le niveau de vie en Serbie.
"Cette élection aura des conséquences claires et majeures, positives ou négatives. Je suis convaincu que les Serbes voteront pour la vie, la prospérité et un développement accéléré", a-t-il dit.
En fin de matinée, les premiers chiffres faisaient état d'une participation solide, à 11,5% des inscrits quatre heures après l'ouverture des bureaux de vote.
Selon les derniers sondages, le Parti démocrate et le SRS sont pratiquement à égalité, autour de 33%. Vient ensuite le Parti démocratique de Serbie (DSS) du Premier ministre sortant, Vojislav Kostunica, un nationaliste modéré qui défend farouchement le maintien du Kosovo dans la Serbie.
Avec 12 à 13% des intentions de vote, le DSS pourrait être la clé de ces élections: si, pour Tadic, Kostunica "ne sera jamais plus Premier ministre" parce que son parti "a renoncé à l'idée européenne", Nikolic, lui, est prêt à ce qu'il devienne le chef d'un gouvernement à coloration nationaliste.
"Il est très important qu'un gouvernement soit rapidement formé après les élections de sorte que nous puissions poursuivre une politique visant à préserver l'intégrité de l'Etat", a dit Kostunica.
INQUIÉTUDES DE L'UE ET GRATUITÉ DES VISAS
Le commissaire européen à l'Elargissement, Olli Rehn, a estimé que les perspectives d'une adhésion serbe s'éloigneraient en cas de victoire des nationalistes. "Je crains que les Serbes ne choisissent une autre solution, qui retarde l'adhésion de la Serbie à l'UE", a-t-il dit à la chaîne finlandaise Yle.
Mais pour le ministre des Affaires étrangères slovène Dimitrij Rupel, dont le pays préside actuellement l'Union européenne, "l'UE ne peut influencer le résultat des élections".
Bien que Belgrade n'ait toujours pas livré les deux principaux criminels de guerre serbes recherchés par le TPI de La Haye, le général Ratko Mladic et Radovan Karadzic, 17 pays membres de l'UE ont annoncé ces jours-ci la gratuité des visas accordés aux Serbes.
L'UE et Belgrade ont en outre signé fin avril un Accord de stabilisation et d'association (ASA), première étape vers une adhésion de plein droit.
Version française Eric Faye et Henri-Pierre André

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