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Les Serbes votent, entre fierté nationaliste et adhésion à l'UE

Par Ellie Tzortzi Reuters - Dimanche 11 mai, 09h49

BELGRADE (Reuters) - Les Serbes sont appelés à choisir ce dimanche, à l'occasion d'élections législatives anticipées, s'ils veulent adhérer à l'Union européenne ou s'ils préfèrent sacrifier les avantages de cette appartenance sur l'autel du Kosovo.

Ils sont 6,7 millions à être conviés aux urnes. Les bureaux de vote ont ouvert à 07h00 locales et fermeront à 20h00. Les premières tendances seront connues dans les deux heures suivantes.

Si les électeurs privilégient les nationalistes, la Serbie sera le seul pays des Balkans à rejeter la voie de l'UE. D'après les sondages, les chances de voir Belgrade faire un pas vers l'UE sont aussi grandes que celles de la voir s'en éloigner.

Une victoire du camp nationaliste, emmené par Tomislav Nikolic du Parti radical serbe (SRS), serait dans la lignée de l'isolationnisme serbe qui a dominé depuis les années 1990. Elle porterait aussi un coup à la stratégie de l'Europe de l'Ouest de stabiliser la région en la plaçant sous l'aile de l'UE.

Les nationalistes, pour qui l'honneur serbe sera en jeu dimanche, estiment que la Serbie ne peut pas docilement rejoindre une UE qui lui demande de reconnaître officiellement que le Kosovo n'est plus une de ses provinces mais, bel et bien, depuis février, un Etat indépendant.

"On ignore si les partis pro-occidentaux seront en mesure de combattre la puissance rhétorique des partis nationalistes", souligne Dragana Ignjatovic, analyste auprès de l'entreprise de renseignement économique Global Insight.

"Cette élection sera cruciale pour le rythme de l'intégration européenne de la Serbie dans les prochaines années."

"UE, NON MERCI !"

Le commissaire européen à l'Elargissement, Olli Rehn, a estimé que les perspectives d'une adhésion serbe s'éloigneraient en cas de victoire des nationalistes de Nikolic.

"Je crains que les Serbes ne choisissent une autre solution, qui retarde l'adhésion de la Serbie à l'UE", a dit Rehn dans une interview à la chaîne finlandaise Yle.

Mais pour le ministre des Affaires étrangères slovène Dimitrij Rupel, dont le pays préside actuellement l'Union européenne, "l'UE ne peut influencer le résultat des élections".

"Nous espérons que la Serbie deviendra un membre de l'UE le plus tôt possible", a-t-il dit, alors que dans les rues de Belgrade revient fréquemment le graffiti "UE, non merci!"

Si les Serbes votent en majorité pour le SRS, l'UE "va parler aux représentants de la nation serbe", a précisé Rupel.

Les partisans d'une intégration dans l'UE insistent sur le fait que la Serbie appartient à l'Europe et que le pragmatisme doit prévaloir.

"La Serbie est à la croisée des chemins", a résumé le président Boris Tadic, du Parti démocrate (DS), pro-européen, qui cherche à sortir de l'opposition Kosovo-UE.

Pour l'heure, selon les sondages effectués ces derniers jours, le Parti démocrate et le SRS sont pratiquement à égalité, autour de 33%. Vient ensuite le DSS (Parti démocratique de Serbie) du Premier ministre Vojislav Kostunica, un nationaliste modéré qui défend farouchement le maintien du Kosovo dans la Serbie.

KOSTUNICA EN FAISEUR DE ROIS ?

Avec autour de 12 à 13%, le DSS pourrait être la clé de ces élections : si, pour Tadic, Kostunica "ne sera jamais plus Premier ministre" parce que son parti "a renoncé à l'idée européenne", Nikolic, lui, est prêt à ce qu'il devienne le chef d'un gouvernement à coloration nationaliste.

Si une très légère tendance pro-européenne se dégage des sondages, difficile de se risquer à des pronostics. Tadic et Kostunica recherchent l'un et l'autre le soutien des socialistes du SPS (de l'ancien numéro un Slobodan Milosevic), crédité de 7% des intentions de vote.

Nostalgique de la grande Yougoslavie titiste non alignée, Nikolic estime comme Tadic, mais dans un sens tout différent, que le pays est à la croisée des chemins.

Pour le chef de file des nationalistes, la Serbie est située à un endroit stratégique dans le sud-est de l'Europe, à cheval sur les grandes voies du commerce international, entre l'UE et l'Inde et la Chine.

Bien que Belgrade n'ait toujours pas livré les deux principaux criminels de guerre serbes recherchés par le TPI de La Haye, le général Ratko Mladic et Radovan Karadzic, 17 pays membres de l'UE ont annoncé ces jours-ci la gratuité des visas accordés aux Serbes.

L'UE et Belgrade ont en outre signé fin avril un Accord de stabilisation et d'association (ASA), première étape vers une adhésion de plein droit.

Cet accord, conclu à deux semaines des législatives, était resté pendant de longues semaines un point de friction entre certains Etats membres, et grâce à un compromis, il a pu, avec la signature de cet ASA, adresser un signe aux électeurs serbes.

Version française Eric Faye

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