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Le Soudan dit avoir repoussé une attaque du JEM

Par Opheera McDoom Reuters - Samedi 10 mai, 22h47

KHARTOUM (Reuters) - Les rebelles darfouri du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) ont affronté samedi les forces gouvernementales soudanaises à Omdourman, un faubourg de Khartoum, et ils ont fait savoir que leur objectif était de prendre le contrôle de la capitale, mais le gouvernement a affirmé que les assaillants avaient été vaincus.

Un porte-parole de la Maison blanche a déclaré que l'administration Bush était "très préoccupée" par les violences et invitait les deux parties à faire preuve de retenue.

C'est la première fois que les combats atteignent la capitale en plusieurs décennies de conflits entre le gouvernement central à dominante arabe et des rebelles affirmant que leurs régions périphériques sont négligées.

Des tirs nourris ont retenti à Omdourman, située sur une rive du Nil opposée à celle où se trouve Khartoum, et des hélicoptères ainsi que des véhicules militaires ont été dépêchés sur les lieux des affrontements tandis qu'un couvre-feu était imposé pour la nuit.

"Le principal but de cette attaque de sabotage terroriste avortée était de provoquer une couverture médiatique et de faire croire aux gens qu'ils étaient parvenus à pénétrer dans Khartoum", a déclaré à la télévision nationale Mandour al Mahdi, secrétaire politique du Parti du Congrès national, au pouvoir.

"Grâce à Dieu, cette tentative a été complètement vaincue. Certains responsables de haut niveau du JEM ont été tués", a-t-il ajouté.

POURSUITE DES TIRS

Le Soudan a accusé le Tchad de soutenir les rebelles qui ont progressé à vive allure à travers les 600 km séparant le Darfour de Khartoum. Un haut responsable a déclaré que l'attaque avait détruit toute chance de discussion de paix.

A N'Djamena, le gouvernement tchadien a démenti toute implication "dans cette aventure qu'il condamne", a déclaré Mahamat Hissène, ministre des Communications et porte-parole du gouvernement.

"Le gouvernement de la République du Tchad encourage les autorités soudanaises et les opposants à persévérer sur la voie du dialogue", a-t-il ajouté.

La télévision nationale a montré des images de cadavres, de sang et de véhicules incendiés dans les rues. Elle a exhibé ce qu'elle a présenté comme des rebelles faits prisonniers, dont deux ont avoué devant la camera. L'un d'entre eux paraissait avoir été cruellement battu.

Des témoins ont rapporté que les tirs se poursuivaient à la périphérie ouest de Omdourman.

"Nous sommes à Omdourman, nous sommes à Khartoum Nord. Ce n'est pas quelque chose qui se terminera en quelques heures", a déclaré à Reuters al Tahir al Faki, un responsable du JEM qui se trouve en Grande-Bretagne. "Il y a une déséquilibre de pouvoir et de richesse, nous devons régler cela".

La région de Khartoum abrite huit des 38 millions d'habitants d'un pays plus grand que l'Europe occidentale.

ACCUSATIONS MUTUELLES

L'économie soudanaise, alimentée par le développement de la production pétrolière, a rapidement progressé depuis la signature d'un accord de paix qui a mis fin à une guerre civile entre le nord et le sud, en 2005, mais cet accord ne couvre pas le conflit qui a éclaté au Darfour il y a cinq ans.

Les experts internationaux estiment que la guerre civile au Darfour a fait 200.000 morts et deux millions et demi de déplacés en cinq ans. Khartoum avance un bilan de 10.000 morts.

Les pays occidentaux, qui font pression en faveur de discussions de paix, ont accusé Khartoum de freiner le déploiement au Darfour d'une force de maintien de la paix Onu-Union africaine qui devrait compter 26.000 hommes.

Moustafa Osman Ismaïl, conseiller de la présidence soudanaise, a exclu toute chance de discussions de paix avec le JEM à la suite de l'attaque de Khartoum.

"A compter de ce jour, nous ne traiterons plus jamais avec ce mouvement d'une autre manière que celle qu'ils ont utilisée avec nous", a-t-il dit à la chaîne de télévision Al Djazira.

"Cela a été pleinement soutenu par le gouvernement du Tchad", a déclaré à Reuters Ghazi Salaheddine, un autre conseiller présidentiel. "Il y a des indications selon lesquelles un autre contingent est en route en provenance du Tchad. Personnellement, je doute qu'ils essaient encore après ce qui s'est passé ici".

Le Tchad accuse de son côté le Soudan de soutenir les rebelles qui ont tenté de prendre le pouvoir à N'Djamena en février. Les deux pays démentent soutenir les mouvements rebelles en lutte contre leur voisin.

Ils ont signé un accord de non-agression à la mi-mars mais se sont mutuellement accusé peu après de l'avoir violé.

Un témoin a dit avoir vu trois chasseurs égyptiens et un avion de transport de l'armée égyptienne atterrir samedi à l'aéroport de Khartoum, ce qui donne à penser que l'Egypte pourrait avoir apporté son soutien au Soudan.

Version française Guy Kerivel et Nicole Dupont

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