RANGOUN (Reuters) - Les Birmans se sont rendus aux urnes samedi pour un référendum sur une nouvelle Constitution présentée par les militaires au pouvoir, qui n'a été reporté que dans les régions les plus touchées il y a une semaine par le cyclone Nargis.
Le scrutin a été retardé de deux semaines dans l'ancienne capitale Rangoun et dans le delta de l'Irrawaddy, où il aura lieu le 24 mai. Il se déroulait comme prévu dans les autres régions du pays, qui compte 53 millions d'habitants.
C'est la première fois que la population est consultée depuis près de vingt ans.
Le numéro un de la junte, le général Than Shwe, a fait sa première apparition publique depuis le cyclone pour voter dans la nouvelle capitale du pays, Nyapyidaw.
La télévision nationale, invoquant un "devoir patriotique", a rediffusé les spots incitant les électeurs à se rendre aux urnes, sans faire mention des 1,5 million de sinistrés qu'a laissés derrière lui le cyclone.
"Ceux qui apprécient le bien-être de la nation doivent aller voter 'oui'", a déclaré la chaîne MRTV dans un bandeau défilant sur l'écran.
La télévision a mis en garde contre toute "ingérence étrangère", dans un message ressassé appelant la population à venir voter en faveur de la constitution. Dans ce spot, on voit cinq jeunes chanteuses en habits chamarrés, qui reprennent des refrains comme "Allez voter" sur fond de musique entraînante.
"Approuver la Constitution de l'Etat est le devoir national de toute la population aujourd'hui", selon des messages qui ont défilé en birman et en anglais au bas des écrans de télévision.
La nouvelle Constitution, que la junte militaire demande à la population d'entériner, participe de la volonté affichée par les généraux au pouvoir d'appliquer une "feuille de route" vers la démocratie, censée connaître son point d'orgue avec des élections pluralistes en 2010. Elle consacrera dans le même temps le rôle dominant de l'armée dans la vie du pays.
RISQUES D'ÉPIDÉMIES
"J'ai voté oui. C'est ce qu'on me demandait de faire", a déclaré à Reuters un homme de 57 ans, à Hlegu, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Rangoun.
Avant le passage de Nargis dans la nuit du 2 mai, des organisations de l'opposition à la junte et certains gouvernements étrangers, en tête desquels les États-Unis, dénonçaient déjà la nouvelle Constitution et le référendum, y voyant une manoeuvre du régime militaire pour légitimer son emprise sur le pouvoir, qu'il détient depuis 1962.
Le passage du cyclone, qui selon des diplomates américains pourrait avoir fait dans les 100.000 morts, a poussé une partie de la communauté internationale à demander le report du scrutin, ce que le régime n'a concédé que dans les régions les plus dévastées.
"Va-t-il s'agir un véritable vote? Je ne crois pas", déclarait un homme d'affaires de Myaung Mya, ville située en limite du delta de l'Irrawaddy. "Ils prennent votre nom et votre numéro de carte d'identité. Ensuite, ils savent comment vous votez".
Les autorités birmanes avancent un bilan total de 23.335 morts et 37.019 disparus après le passage de Nargis. A chaque jour qui passe, la pression monte sur la junte pour qu'elle accepte une opération massive d'aide internationale, avant que la disette et des épidémies ne s'installent et ne viennent gonfler le nombre de victimes.
Les Nations unies ont lancé un appel pour récolter 187 millions de dollars d'aide afin de venir en aide aux sinistrés, mais la junte ne semble guère disposée à confier à des étrangers la distribution de l'aide.
NAVIRES AMÉRICAIN ET FRANÇAIS ATTENDUS
La marine américaine dépêche quatre bâtiments de guerre, actuellement en manoeuvres en Thaïlande, en direction des côtes birmanes, et le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a fait savoir qu'il envoyait un bâtiment de la marine, Le Mistral, avec 1.500 tonnes d'aide à son bord. Le Mistral, qui est en mesure d'emporter des hélicoptères, devrait arriver sur place en milieu de semaine prochaine.
Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a demandé à la junte d'accepter aide et coopérants humanitaires sur son territoire "sans la moindre entrave", estimant que la survie des populations était en jeu.
Des experts sanitaires craignent qu'une "seconde catastrophe" ne se profile, avec des maladies comme le paludisme et la diarrhée, cela même si les rescapés réussissent à trouver des vivres et des abris.
Le gouvernement birman a accepté les vivres, l'eau et le matériel livrés par plusieurs pays et organismes des Nations unies, mais semble résolu à distribuer cette aide par lui-même. Des dizaines de coopérants humanitaires, habitués à arriver dans les zones dévastées dans les 48 heures, attendent toujours des visas birmans, une semaine après le passage du cyclone.
Aux Nations unies, pressé en ce sens par des dizaines de diplomates du monde entier, l'ambassadeur de Birmanie Kyaw Tint Swe a semblé, vendredi, faire une concession: "Nous sommes prêts à coopérer pleinement. Concernant l'accès, nous vous entendons et j'en référerai certainement aux autorités", a-t-il dit.
Le régime birman a approuvé en outre l'atterrissage, dès lundi, d'un vol d'aide américain. Cet avion cargo militaire décollera de la base aérienne thaïlandaise d'Utaphao avec à son bord des moyens pour purifier l'eau et éviter les maladies transmises par l'eau, ont indiqué les autorités américaines.
Version française Eric Faye et Guy Kerivel

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