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Dmitri Medvedev préside à un défilé aux allures soviétiques

Par Michael Stott Reuters - Vendredi 9 mai, 14h44

MOSCOU (Reuters) - Au lendemain de son intronisation, le nouveau président russe, Dmitri Medvedev, a lancé une mise en garde contre les "ambitions irresponsables" qui débouchent sur des guerres, alors même que la place Rouge, pour le "Jour de la Victoire", était le théâtre d'un défilé militaire sans précédent depuis la période soviétique.

Dans sa première grande intervention publique depuis son investiture, le chef de l'État a déclaré devant 8.000 soldats et invités aux cérémonies de la victoire soviétique sur l'Allemagne nazie que la Russie ne tolérerait aucun "manquement au droit international".

"Nous devons répliquer vigoureusement à toute manoeuvre visant à propager la haine raciale ou religieuse, l'idéologie du terrorisme et de l'extrémisme, ou à s'ingérer dans les affaires intérieures d'un autre État, notamment en redessinant des frontières", a déclaré Medvedev.

Des anciens combattants, la poitrine constellée de médailles, ont applaudi, certains les larmes aux yeux, au passage de chasseurs supersoniques en formation dans le ciel moscovite. Au total, une trentaine d'appareils, dont des MiG des hélicoptères, ont survolé la capitale.

Debout à bord d'une Zil de l'époque soviétique, le ministre de la Défense, Anatoli Serdioukov, a passé en revue les unités rangées sur la place Rouge, présentant d'une voix sonore des félicitations à chacune d'entre elle, à l'occasion du 63e anniversaire de la victoire de l'URSS, fêtée comme chaque année le 9 mai et non le 8 comme en Occident.

Les militaires russes lui ont répondu, chaque fois, à l'unisson par un triple hourra.

Le nouveau Premier ministre Vladimir Poutine, qui semblait par moments ému, avait pris place aux côtés de Medvedev sur une tribune au pied des murs du Kremlin, mais il n'a pas pris la parole.

C'est Poutine qui, sous sa présidence, avait rétabli la musique de l'hymne soviétique comme hymne officiel de la Russie. C'est lui aussi qui avait renoué avec la tradition soviétique de faire des défilés militaires sur la place Rouge, cela pour la première fois depuis 1990.

Les sondages donnent à penser qu'une telle reprise est saluée par la majorité des Russes, qui créditent Poutine d'avoir restauré pour partie la grandeur du pays, après le chaos qui suivit le démantèlement de l'Union soviétique fin 1991.

Malgré le coût des défilés et le risque de détérioration des monuments historiques comme la cathédrale Saint-Basile, les anciens combattants étaient particulièrement fiers de voir chars, missiles antiaériens et lance-missiles nucléaires de retour sur la place qui fait la fierté de la capitale russe.

DIFFÉRENCES AVEC L'ÉPOQUE SOVIÉTIQUE

"On peut dormir tranquillement, la nuit, avec une armée comme celle-ci", a estimé un ancien pilote de chasse de la Seconde Guerre mondiale, qui assistait au défilé. "L'Europe a toujours convoité notre territoire - il suffit de regarder Hitler et Napoléon".

Désignant un bombardier supersonique Tupolev-160 qui vrombissait dans le ciel, il a ajouté: "Ça peut emporter dix bombes atomiques - si nous les utilisions, ce serait comme si l'Europe n'avait jamais existé".

Les attachés de défense de pays qui traditionnellement achètent des armes à la Russie (Venezuela, Inde, Chine et pays d'Afrique) étaient massivement présents au défilé, et nombre d'entre eux photographiaient les chars T-90 (46 tonnes) et filmaient les lance-missiles nucléaires géants Topol-M ainsi que les lance-missiles Iskander-M, fleurons de la modernisation de l'armée.

Les observateurs militaires occidentaux, eux, se montraient bien moins impressionnés. La démonstration de force et la rhétorique militaire russe pourraient bien, selon eux, dissimuler des problèmes financiers, humains et matériels affectant les forces armées.

Durant ses huit années au Kremlin, Poutine a relancé le budget militaire, mais pour certains, une bonne partie de l'argent n'arrive pas à destination ; les soldats restent mal payés, mal logés et ont toujours un armement obsolète.

Malgré les échos du passé soviétique, les autorités ont eu à coeur, jeudi, de rompre avec certaines traditions communistes. Medvedev et Poutine ont assisté au défilé d'une tribune ordinaire et non pas du haut du mausolée de Lénine, comme il était de coutume à l'époque de l'URSS. Le mausolée de porphyre était totalement dissimulé par de grands panneaux aux couleurs de la Russie.

Et au total, le nombre de véhicules qui ont pris part au défilé a été inférieur à celui de l'ère soviétique, parce que les portes historiques de la place Rouge - démolies sous Staline pour faciliter le passage des chars - ont été reconstruites. Aussi l'armement lourd ne peut-il entrer sur la place Rouge et en sortir que par le côté de la cathédrale Saint-Basile.

Version française Eric Faye

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