U KHIN-HLAING, Myanmar (Reuters) - Le dos d'U Thein luit dans le soleil du matin, deux bandes rouges à vif à la place de la peau.
Les villageois grimacent quand ils regardent ses blessures - des brûlures subies lorsqu'un arbre en flammes s'est abattu sur elle il y a six jours, pendant le passage du cyclone Nargis.
Une dizaine de feux de camp allumés pour le dîner ont embrasé des débris - arbres abattus, restes de huttes en bambou - charriés par les vents soufflant jusqu'à près de 200 km/h.
Puis une vague géante a englouti le village, situé à 13 kilomètres au nord de Labutta, sur les franges occidentales du delta de l'Irrawaddy.
U Thein sent à peine la douleur. Elle ne pense qu'à ce mur d'eau qui a emporté son fils de huit ans et sa fillette de trois mois. "Mon coeur est vide", murmure-t-elle, le regard perdu.
Autour d'elle, à voix basse, les villageois déclarent que plus de cent amis ou proches ont été tués dans la catastrophe. Beaucoup des victimes étaient des pêcheurs dont les bateaux mouillaient dans les criques et les lacs de la vaste région marécageuse.
La vague et les vents ont dévasté le petit village, abattant les cocotiers, arrachant les toits, dont celui de l'école primaire.
Un temple bouddhiste offre un abri aux habitants les plus touchés. En son centre, une statue en or de Bouddha, souriant sereinement. Autour, un sol recouvert de gravats et de verre brisé.
A l'extérieur du temple, des troncs d'arbres bloquent les ruelles ou se balancent dangereusement du haut des rares bâtiments encore debout.
En dehors du croassement des corbeaux et des faibles pleurs des victimes, le seul bruit qui résonne est celui des clous plantés par les villageois qui essaient de réparer leurs maisons au plus vite dans cette région infestée par le paludisme.
Aucun militaire, aucune agence gouvernementale ne s'est rendue dans la localité.
"Il nous faut un abri", répète San Myint, qui scie du bois et plante des clous avec son frère depuis l'aube. "Les moustiques nous dévorent la nuit", dit cette femme de 50 ans. "Mais nous avons de la chance, nous avons survécu."
A l'intérieur du temple, U Thein recouvre soigneusement sa poitrine. Il y a six jours, elle était une source de nourriture. Aujourd'hui, elle n'est que le rappel d'une perte. "Ils sont partis, ils sont partis", dit-elle.
Ed Cropley, version française Jean-Stéphane Brosse

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