ROME (Reuters) - Pour la troisième fois de sa carrière, Silvio Berlusconi a prêté serment jeudi après-midi comme président du Conseil et a pris la tête d'un des gouvernements italiens les plus à droite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
À 71 ans, le "Cavaliere", entouré de son équipe, a prêté serment en fin d'après-midi devant le président Giorgio Napolitano au palais du Quirinal, après la nette victoire de son camp face au centre gauche le mois dernier aux élections législatives anticipées.
D'ores et déjà, le nouveau chef du gouvernement a annoncé aux Italiens des années difficiles, soulignant la nécessité de mener des réformes impopulaires pour éviter au pays la récession.
Mais quelques heures avant sa prestation de serment, et après avoir annoncé la composition d'une équipe gouvernementale très resserrée, il avait tenu un discours optimiste, parlant même d'une "lune de miel" entre le pays et ses nouveaux dirigeants.
"Nous avons cent jours pour ne pas décevoir ceux qui ont placé leur confiance en nous et cinq années pour changer et moderniser le pays", a-t-il dit à La Stampa.
Il a promis de lutter contre la criminalité et l'immigration illégale et s'est engagé à mettre fin au scandale des déchets dans la région de Naples.
Il entend d'ailleurs tenir son premier conseil des ministres dans la grande ville du Mezzogiorno, pour marquer sa volonté d'en finir avec cette crise qui a terni l'image de l'Italie et provoqué la colère de l'Union européenne.
Autre dossier en tête de son ordre du jour, l'avenir de la compagnie aérienne nationale Alitalia, à la recherche d'un repreneur pour éviter la faillite.
Son équipe comprend plusieurs membres de l'Alliance nationale (AN) post-fasciste et de la Ligue du Nord anti-immigration, ce qui laisse présager un renforcement des lois sécuritaires.
Parmi les membres du nouveau gouvernement figure Roberto Calderoli, un bouillant élu de la Ligue du Nord qui s'est fait connaître par ses propos controversés sur l'islam.
PREMIER ACCROC AVEC LA LIBYE
La Fondation Kadhafi, dirigée par l'un des fils du chef de la révolution libyenne, avait d'ailleurs mis en garde Rome contre les "répercussions catastrophiques" de sa nomination au gouvernement.
Immédiatement, la Libye a fait savoir qu'elle ne coopèrerait plus avec Rome en matière de contrôle de l'immigration illégale. "La Libye ne se sent plus responsable de la protection du littoral de la Péninsule face aux immigrés clandestins (...) pour la bonne raison que la partie italienne n'a pas respecté sa promesse d'apporter son soutien à Tripoli", a expliqué le ministère de l'Intérieur dans un communiqué envoyé en fac-similé à Reuters.
Et d'après un journal en ligne italien citant des sources diplomatiques libyennes, Tripoli préparerait des sanctions aggravées contre l'Italie, dont la rupture d'un accord de 2007 sur le développement des activités du géant gazier italien ENI en Libye.
La nouvelle équipe très réduite - douze ministres titulaires et neuf autres sans portefeuille - est toutefois dominée par les fidèles de Berlusconi.
"Il a constitué le gouvernement qu'il voulait, selon ses idées et selon son coeur", écrit Massimo Franco dans l'éditorial du Corriere della Sera.
Pour la troisième fois, l'un des plus proches conseillers du nouveau président du Conseil, Giulio Tremonti, retrouve le portefeuille de l'Économie, avec pour mission délicate de réduire les déficits publics et de réformer le système fiscal.
Le nouveau ministre de la Santé, Maurizio Sacconi, qui comme Tremonti appartient au mouvement de Berlusconi, Forza Italia, entend faire du pouvoir d'achat sa priorité, face à la hausse des produits de première nécessité.
Pour le Fonds monétaire international (FMI), qui prévoit une croissance de seulement 0,3% cette année en Italie, la promesse de Berlusconi de réduire la pression fiscale doit servir à stimuler la consommation et doit obligatoirement s'accompagner d'une baisse des dépenses publiques.
Version française Guy Kerivel et Jean-Loup Fiévet

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