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En Birmanie, corps en décomposition dans le delta de l'Irrawaddy

Reuters - Vendredi 9 mai, 14h59

BO THIN, Birmanie - Les cadavres boursouflés flottant sur les cours d'eau ou gisant, les bras en croix, sur les berges parsèment le delta de l'Irrawaddy, le secteur le plus touché par le cyclone Nargis qui a ravagé le sud de la Birmanie le week-end dernier.

"Je recherche ma femme et nos trois filles depuis six jours", dit Tei Lin, un paysan de Bo Thin, village parmi les plus durement frappés par la catastrophe.

Lorsque le mur d'eau soulevé par le cyclone a dévasté la maison lacustre où sa famille et lui vivaient, Tei Lin se trouvait loin. Il s'est précipité chez lui et n'a rien retrouvé. Aucune trace de sa famille.

Depuis, il dit avoir vu des centaines de corps ballottés par l'inondation, rejetés sur les rizières et sur les rives. En redescendant sur cinq kilomètres le delta de la ville de Labutta, à 120 km au sud-ouest de Rangoun, les journalistes de Reuters en ont vu sept.

"C'est si difficile. Nombre de ces corps sont en état de décomposition avancée", poursuit Tei Lin.

Dans les conditions de chaleur et d'humidité tropicales de l'Asie du Sud-Est, les corps pourrissent en quelques jours et leur identification devient très rapidement impossible.

Le bilan exact de Nargis pourrait ne jamais être connu.

Pour l'heure, les autorités birmanes annoncent officiellement près de 23.000 morts et quelque 42.000 disparus; diplomates et spécialistes des situations d'urgence jugent que le cyclone a pu tuer jusqu'à 100.000 Birmans.

Tei Lin porte sur lui une photographie de deux de ses filles. C'est la seule aide dont il dispose dans sa quête. "Il n'y pas d'ONG ici, pas d'équipes de l'Onu, il n'y a que moi", dit-il.

Plusieurs pays d'Asie, dont la Thaïlande, la Chine, l'Indonésie, Singapour et l'Inde, ont acheminé des vivres, mais les généraux birmans rechignent à ouvrir les portes de leur pays aux équipes humanitaires étrangères.

Vendredi, des camions transportant 20 tonnes de biscuits énergétiques se sont mis en route vers les zones inondées du delta de l'Irrawaddy. C'est l'une des premières livraisons d'aide acheminée de l'étranger par l'Onu. Jusqu'alors, le Programme alimentaire mondial des Nations unies distribuait des vivres entreposées dans le pays.

Sur l'antenne de la télévision publique birmane, les reportages se multiplient où l'on voit des gradés en visite dans des villes et villages et des soldats déchargeant des cartons de vivres ou déblayant des ruines.

A Bo Thin, certains survivants n'ont plus la force de se lever et restent assis, le regard dans le vide, hagards. Nombre d'entre eux dépendent du soutien d'amis ou de proches habitant à Labutta, à 90 km.

O Myin est inconsolable. Son fils unique est mort, ainsi que sa belle-fille et ses deux petites-filles, dont l'une n'avait que deux mois. "Je meurs de chagrin", dit cette femme de 73 ans.

Grant McCool, version française Henri-Pierre André

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