YANGON (Reuters) - Trois vols humanitaires des Nations unies censés atterrir jeudi au Myanmar pour venir en aide aux milliers de victimes du cyclone Nargis ont été retardés dans l'attente des autorisations de la junte birmane, rapportent des responsables de l'Onu.
Par ailleurs, les autorités birmanes ont donné leur feu vert à l'armée américaine pour qu'elle participe aux opérations de secours, a annoncé le commandant en chef de l'armée thaïlandaise Boonsrang Niumpradit, qui a participé aux négociations.
"Nous avons aidé les Américains à discuter avec le gouvernement du Myanmar afin d'autoriser les avions américains, participant à Cobra Gold, à effectuer des vols humanitaires. Ils (les dirigeants birmans) ont accepté", a déclaré Boonsrang Niumpradit à Reuters, en citant le programme Cobra Gold d'exercices militaires américano-thaïlandais.
"Ils craignaient que les Américains fassent davantage que juste distribuer de l'aide mais nous avons contribué à les convaincre de laisser les Américains entrer (dans le pays)", a ajouté le général thaïlandais, précisant que les premiers vols pourraient quitter la Thaïlande dans un jour ou deux.
Un responsable de l'ambassade des États-Unis à Bangkok a confirmé l'information.
L'aide parvient encore au compte-gouttes dans le pays et les gouvernements et les ONG font pression sur la junte militaire au pouvoir pour qu'elle relâche ses restrictions et permette une opération humanitaire massive.
La tempête tropicale a dévasté samedi la région rizicole du delta de l'Irrawaddy et pourrait avoir fait jusqu'à 100.000 morts, selon la chargée d'affaires américaine dans le pays.
"SCANDALEUX, INADMISSIBLE"
Un million de personnes sont sans abri, des villages entiers ont été détruits et 5.000 km2 ont été recouverts par les eaux, selon le bureau des Nations unies pour la coordination des Affaires humanitaires.
"Ils ont besoin d'aide aujourd'hui. Ils en avaient besoin hier", a prévenu Tony Banbury, directeur régional en Asie du Programme alimentaire mondial (Pam) de l'Onu.
"Ils ne peuvent pas attendre et ils ne devraient pas avoir à attendre jusqu'à demain. Il est crucial que la nourriture, l'eau et les fournitures médicales arrivent immédiatement."
Un autre responsable du Pam a déclaré que trois avions humanitaires étaient bloqués sur les tarmacs de Bangkok, Dhaka et Doubaï, avec 38 tonnes de fournitures, dans l'attente des autorisations de la junte birmane.
Un premier cargo commercial thaïlandais transportant sept tonnes de biscuits énergétiques a atterri à Yangon, d'après des responsables du Pam.
La Thaïlande, le Japon, l'Inde, la Chine, Singapour et l'Indonésie sont également prêts à livrer de l'aide.
Une proposition française visant à contourner le refus des militaires de laisser entrer ces équipes, en vertu d'une clause dite de "la responsabilité de protection", a été repoussée mercredi par l'Onu.
Le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, a fustigé jeudi l'attitude des dirigeants birmans.
"Il saute aux yeux que ces types aujourd'hui, alors que leur peuple est en train de crever, trouvent que le contrôle de leur territoire est plus important que l'ouverture des frontières pour permettre à l'aide humanitaire de passer", a-t-il déclaré sur Europe 1.
"C'est scandaleux, c'est inadmissible, (le ministre français des Affaires étrangères Bernard) Kouchner a parfaitement raison de faire appel aux Nations Unies pour régler ce problème."
John Holmes, le sous-secrétaire général de l'Onu pour les affaires humanitaires, a jugée l'initiative française prématurée et susceptible de raidir encore davantage le gouvernement birman, avec qui des discussions sont en cours.
RÉSERVES SUFFISANTES?
La radio-télévision publique du Myanmar fait état d'un bilan officiel provisoire de 22.980 morts, 42.119 disparus et 1.383 blessés dans ce cyclone, le plus dévastateur en Asie depuis celui qui, en 1991, fit 143.000 morts au Bangladesh.
L'inquiétude est d'autant plus grande pour les responsables humanitaires que la zone dévastée est une grande région rizicole, mais le gouvernement assure que les réserves sont suffisantes.
L'armée a largué des vivres par hélicoptère mais aucun convoi n'a encore atteint la région inondée par la route, a constaté un correspondant de Reuters.
Dans le delta, dont la partie inférieure a été submergée samedi par une vague géante, des habitants s'efforcent de survivre en trouvant refuge sur des arbres. Les ONG ont souligné le risque de maladies et de famine.
La gestion du cyclone pourrait avoir des conséquences à long terme pour le crédit des militaires, qui dirigent le pays depuis 46 ans, estiment des commentateurs.
Le prix du carburant et des produits alimentaires de base a baissé, premier signe d'un retour progressif à la normale.
Grant McCool, Version française Jean-Stéphane Brosse et Clément Dossin

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