MOSCOU (Reuters) - Dmitri Medvedev a prêté serment mercredi comme nouveau président de la Russie, au cours d'une cérémonie solennelle au Kremlin qui ouvre une période sans précédent de partage du pouvoir avec son mentor Vladimir Poutine, qui prendra lui les rênes du gouvernement dès jeudi.
Medvedev, ancien avocat d'affaires et fidèle du président sortant depuis les années 1990, a été élu le 2 mars avec 72% des voix.
A 42 ans, celui qui devient l'un des plus jeunes chefs d'Etat de la planète a prêté serment la main droite posée sur un exemplaire de la constitution russe devant les caméras de la télévision qui retransmettait l'événement en direct de la salle Saint-André du Kremlin.
"Je crois que mes objectifs les plus importants seront de protéger les libertés civiles et économiques", a-t-il dit lors de son premier discours de président.
"Nous devons combattre pour le respect véritable de la loi et venir à bout du nihilisme juridique qui entrave gravement le développement moderne", a-t-il poursuivi devant quelque 2.000 invités, responsables politiques, dignitaires religieux, ambassadeurs étrangers, militaires et hommes d'affaires.
Les médias étrangers avaient été, eux, tenus à l'écart de la cérémonie.
"POURSUIVRE SUR LA VOIE QUE NOUS AVONS ENGAGÉE"
Quelques minutes plus tôt, Poutine était entré seul au Kremlin et avait remercié le peuple russe pour sa confiance et son soutien avant d'appeler ses compatriotes à appuyer à son tour son dauphin désigné.
"Il est très important pour chacun de poursuivre sur la voie que nous avons déjà engagée et qui s'est avérée juste", a-t-il dit.
Le protocole de la passation de pouvoirs était d'autant plus scruté cette année que les observateurs s'interrogent toujours sur le futur partage du pouvoir en Russie entre les deux hommes.
Le président sortant, qui ne pouvait briguer constitutionnellement un troisième mandat, a certes adoubé Medvedev en décembre dernier.
Mais il conserve dans la structure quasi dyarchique et inédite du nouveau pouvoir russe une influence politique majeure en cumulant les fonctions de Premier ministre et de président du parti Russie unie, largement majoritaire au Parlement.
La Constitution, adoptée sous Boris Eltsine, accorde au chef de l'Etat des pouvoirs étendus, comme celui de définir les grandes lignes de la politique étrangère et intérieure, de désigner les principaux ministres et de contrôler les agences de défense et de sécurité intérieure.
Poutine a encore renforcé la fonction présidentielle en reprenant le contrôle des nominations à la tête des régions et en verrouillant les débats à la chambre basse du parlement, la Douma d'Etat, où son parti Russie unie détient les deux tiers des sièges.
EXPECTATIVE
L'ancien officier du KGB, porté par huit années de croissance ininterrompue pendant sa présidence, a promis de consacrer sa tâche de Premier ministre à l'économie pour faire du pays l'une des sept premières puissances mondiales d'ici 2020.
Il a aussi assuré qu'il ne chercherait pas à s'arroger des pouvoirs supplémentaires dans son nouveau bureau installé dans le centre de Moscou.
Ce que les commentateurs attendent de voir, car Poutine a parallèlement accepté de prendre la tête de Russie unie, un puissant instrument de contrôle sur le nouveau président. Et l'histoire de la Russie, de l'époque tsariste jusqu'au régime soviétique, ne présente guère d'exemples de cohabitation tranquille au sommet de l'Etat.
Sous Eltsine, les rivalités entre le président et son Premier ministre furent rapidement tranchées par le limogeage de ce dernier.
Poutine avait plutôt opté lui pour des personnalités ternes au profil de technocrate pour diriger le gouvernement, à l'image du Premier ministre sortant, Viktor Zoubkov, qui a annoncé comme prévu la démission de son gouvernement juste après la prestation de serment de Medvedev.
En s'installant à la tête du gouvernement, c'est un tout autre profil que propose Poutine.
Anecdotique peut-être, il y a huit ans, Boris Eltsine avait laissé à Poutine un stylo utilisé pour signer et promulguer les lois. Dans une interview accordée le mois dernier à un journal, le président sortant a confié qu'il le garderait, plutôt que de l'offrir à son successeur.
Version française Jean-Stéphane Brosse et Henri-Pierre André

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