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Passation de pouvoir entre Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev

Par Oleg Chtchedrov et Michael Stott Reuters - Mercredi 7 mai, 15h10

MOSCOU (Reuters) - Dmitri Medvedev a prêté serment mercredi comme nouveau président de la Russie, avant de nommer deux heures plus tard son prédécesseur et mentor, Vladimir Poutine, à la tête du gouvernement, inaugurant un système de pouvoir à deux têtes inédit mais non sans risque.

Medvedev, ancien juriste et fidèle du président sortant depuis les années 1990, a été élu le 2 mars avec 72% des voix.

Lors d'une cérémonie solennelle dans la salle Saint-André du Kremlin, celui qui à 42 ans devient l'un des plus jeunes chefs d'État de la planète a prêté serment la main droite posée sur un exemplaire de la Constitution.

"Je crois que mes objectifs les plus importants seront de protéger les libertés civiles et économiques", a-t-il dit devant les caméras de la télévision qui retransmettait l'événement en direct.

"Nous devons combattre pour le respect véritable de la loi et venir à bout du nihilisme juridique qui entrave gravement le développement moderne", a-t-il poursuivi devant quelque 2.000 invités de marque, responsables politiques, dignitaires religieux, ambassadeurs, généraux et hommes d'affaires.

Les médias étrangers avaient été, eux, tenus à l'écart de la cérémonie.

Peu après, le gouvernement du Premier ministre Viktor Zoubkov a démissionné, comme le veut la tradition, ouvrant ainsi la voie à la nomination de Poutine au poste de Premier ministre.

Quelques minutes avant l'investiture de Medvedev, Poutine était entré seul au Kremlin et avait remercié le peuple russe pour sa confiance et son soutien avant d'appeler ses compatriotes à appuyer à leur tour son dauphin désigné.

"POURSUIVRE"

"Il est très important pour chacun de poursuivre sur la voie que nous avons déjà engagée et qui s'est avérée juste", a déclaré Poutine, à qui la Constitution interdisait de briguer un troisième mandat présidentiel consécutif.

Au terme de la cérémonie d'investiture, le patriarche Alexis II, chef de la puissante Église orthodoxe russe, a célébré un service religieux dans la cathédrale de l'Annonciation du Kremlin pour la bénédiction du nouveau président.

Le protocole de la passation de pouvoirs était d'autant plus suivi à la loupe cette année que les observateurs s'interrogent sur le futur partage du pouvoir en Russie entre les deux hommes.

Le président sortant a certes adoubé Medvedev en décembre mais il conserve dans la structure quasi dyarchique et inédite du nouveau pouvoir une influence politique majeure en cumulant les fonctions de Premier ministre et de président du parti Russie unie, largement majoritaire au Parlement.

La Constitution, adoptée sous Boris Eltsine, accorde au chef de l'État des pouvoirs étendus, comme celui de définir les grandes lignes de la politique étrangère et intérieure, de désigner les principaux ministres et de contrôler les agences de défense et de sécurité intérieure.

Poutine a encore renforcé la fonction présidentielle en reprenant le contrôle des nominations à la tête des régions et en verrouillant les débats à la chambre basse du Parlement, la Douma d'État, où Russie unie détient les deux tiers des sièges.

Poutine a assuré qu'il ne voyait aucun problème à travailler avec Medvedev avec qui il dit partager les mêmes points de vue sur l'avenir de la Russie.

EXPECTATIVE

Mais ce pouvoir à deux têtes inquiète de nombreux Russes, habitués au pouvoir d'un seul homme fort, notamment dans l'hypothèse d'une crise.

"Les opposants de Poutine ne pensent pas que ce sera un problème mais, et c'est intéressant, les alliés de Poutine sont les plus inquiets de ce qui pourrait mal se passer", a déclaré un diplomate occidental.

Les analystes attendent les premières nominations décidées par Medvedev pour avoir un indice sur sa stratégie : va-t-il suivre sa propre voie ou se reposer sur les alliés de Poutine ? Les principaux postes à responsabilité dans l'administration et la direction du FSB (héritier du KGB), feront à ce titre l'objet d'une attention particulière.

Certains experts soulignent que l'expérience de Medvedev à la tête du géant gazier Gazprom et de l'administration du Kremlin lui ont donné l'étoffe pour diriger la Russie.

"Les médias sous-estiment tous énormément Medvedev et font la même erreur qu'il y a huit ans", a déclaré Florian Fenner, partenaire commercial de UFG Asset Management, présent en Russie.

La nomination du gouvernement devrait intervenir après la validation, jeudi, par le Parlement de la désignation de Poutine au poste de Premier ministre.

L'ancien lieutenant-colonel du KGB, porté par huit années de croissance ininterrompue pendant sa présidence et l'envolée des prix du pétrole et du gaz, a promis de consacrer sa tâche de Premier ministre à l'économie pour faire du pays l'une des sept premières puissances mondiales d'ici 2020.

Il a d'ores et déjà annoncé la création de huit nouveaux postes de vice-Premier ministres, en plus des cinq qui existent déjà.

Avec Guy Faulconbridge, version française Jean-Stéphane Brosse, Henri-Pierre André et Gwenaelle Barzic

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