PARIS (Reuters) - Le gouvernement s'efforce d'imposer en douceur sa notion d'offre raisonnable d'emploi qu'un chômeur ne pourrait refuser plus de deux fois sous peine de s'exposer à des sanctions.
Cette promesse électorale du candidat Nicolas Sarkozy, depuis réaffirmée avec force par le chef de l'État, va faire l'objet d'un projet de loi qui sera déposé avant la fin de la session parlementaire, ont confirmé Christine Lagarde et son secrétaire à l'Emploi, Laurent Wauquiez, mardi lors d'une rencontre avec les partenaires sociaux.
La question promettait d'être un point de friction avec les syndicats, hostiles sur le fond comme sur la forme puisqu'ils ne voulaient pas voir le gouvernement légiférer sur ce point.
Mais le gouvernement a affûté des arguments et contreparties qui fissurent déjà le front syndical.
Christine Lagarde et Laurent Wauquiez se sont ainsi engagés à ce que chaque demandeur d'emploi bénéficie d'un "parcours professionnel personnalisé" lors de son inscription au nouveau service public de l'emploi (SPE) issu de la fusion entre l'ANPE et l'Unedic.
"L'approche au début sera la plus personnalisée possible", a déclaré Laurent Wauquiez lors d'un point de presse mardi, en assurant par exemple qu'un traitement différent serait réservé au célibataire francilien de 30 ans et à la mère de famille de 45 ans en zone rurale, au Puy-en-Velay par exemple - la commune dont il est le maire depuis le mois de mars.
Il a même assuré qu'un chômeur ayant accepté un travail qui ne répond pas à ses aspirations pourrait continuer de bénéficier d'un suivi du SPE pour basculer ensuite vers un emploi plus compatible.
AU-DELÀ DE DEUX REFUS...
"Le parcours professionnel personnalisé fait partie intégrante du chemin que l'on veut proposer à tous les demandeurs d'emploi, pratiquement du jour où ils se présentent au guichet de futur service de l'emploi", a renchéri Christine Lagarde mercredi devant la presse parlementaire.
L'un et l'autre ont assuré que les mesures de sanctions prévues ne concerneraient finalement qu'un nombre "très minoritaires" de chômeurs qui "abusent du système".
Le projet de texte qui devrait être soumis dès le 22 mai au Conseil supérieur de l'emploi prévoit qu'un chômeur devra accepter une baisse salariale de 5% à partir du troisième mois et de 20% à partir du sixième, période à partir de laquelle il sera aussi tenu compte d'un critère d'éloignement géographique.
Au-delà de deux refus, il s'exposerait à une radiation des listes du SPE pendant une durée de deux mois.
"Le gouvernement décide de passer en force avec la bénédiction du Medef alors qu'on avait arrêté ensemble le principe de la négociation de l'offre valable d'emploi dans le cadre de la négociation (entre partenaires sociaux) sur l'assurance chômage", a réagi mardi Maurad Rahbi, un des représentants de la CGT au tour de table à Bercy.
"Pour arriver à un taux de chômage de 5% on va augmenter le taux de travailleurs pauvres en France", a-t-il accusé en dressant un parallèle avec la réforme du marché du travail qui a précarisé l'emploi en Allemagne.
DIVERSITÉ DES SITUATIONS
Plus modéré, son homologue de la CFDT Gaby Bonnant a estimé qu'une définition unique de l'offre raisonnable d'emploi "ne peut rendre compte de toutes les situations".
"Pour nous, l'objectif n'est pas d'obtenir un résultat statistique en rayant des listes des demandeurs d'emploi. Il s'agit de se donner les moyens de les accompagner le mieux possible pour qu'ils restent le moins possible au chômage", a-t-il fait valoir.
La CFTC, hostile au principe d'offre raisonnable d'emploi avant la réunion de mardi, en est sortie plus confiante.
"Le projet de loi permettrait qu'il y ait une véritable politique d'accompagnement des personnes en recherche d'emploi et que l'offre raisonnable d'emploi ne serait applicable qu'une fois que le contrat entre le service public et la personne en recherche d'emploi ait été mené à bien. Dans ces conditions-là, c'est au-delà de ce que nous pensions", a dit Gabrielle Simon, représentante du syndicat chrétien, tout en déplorant que l'esprit de la loi assimile les chômeurs à des "fainéants".
Le gouvernement a beau jeu de rappeler que les syndicats, priés de se pencher sur la question dès 2003, ne sont parvenus à aucun résultat.
"On ne va pas continuer à tergiverser, à perdre du temps sur ce sujet là alors que la solution c'est en amont, c'est l'accompagnement des chômeurs", disait un représentant patronal en sortant de la réunion mardi.

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