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Le succès de l'euro l'oblige à prendre ses responsabilités

Par Yves Clarisse Reuters - Mercredi 7 mai, 16h42

BRUXELLES (Reuters) - Dix ans après la décision de lancer la monnaie unique, l'euro constitue un énorme succès mais ses membres doivent désormais mieux coordonner leurs politiques économiques et parler d'une seule voix sur la scène mondiale.

La Commission européenne a dressé mercredi un bilan euphorique de cette percée majeure dans la construction européenne, tout en faisant des propositions qui, même si elles restent en retrait par rapport au "gouvernement économique" de l'euro voulu par la France, s'en rapprochent fortement.

"Nous devons maintenant renforcer notre coordination des politiques budgétaires et économiques. Nous le devons aux citoyens européens, pour faire en sorte que l'euro devienne un exemple vibrant de croissance et de dynamisme", a déclaré le commissaire chargé du dossier, Joaquin Almunia.

La présidente socialiste de la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, la Française Pervenche Berès, a abondé dans le même sens.

"Ce succès nous oblige, il nous oblige encore à davantage d'audace", a-t-elle estimé en demandant de l'action.

Lorsque les dirigeants européens prennent, le 2 mai 1998, la décision de lancer une monnaie unique le 1er janvier 1999 en fixant irrévocablement les parités des devises participantes, personne ne prédit que le succès sera aussi éclatant.

BOUCLIER

Dans les prochaines années, l'ensemble des pays de l'UE en feront partie à l'exception, peut-être, du Royaume-Uni: tous les "nouveaux" ont adhéré ou veulent le faire à court terme, tandis que le Danemark et la Suède envisagent de franchir le pas.

Les dévaluations à répétition des années 1980 et 1990 ont disparu et la Banque centrale européenne a assis sa crédibilité.

La guerre en Irak, l'éclatement de la bulle internet, le choc pétrolier et la crise du crédit immobilier spéculatif américain n'ont eu qu'un effet très limité sur la zone euro, qui agit comme un bouclier contre les chocs extérieurs.

Malgré la récente poussée d'inflation due à la hausse du pétrole et des matières premières, qui est d'ailleurs jugée temporaire, la hausse des prix a été à peine supérieure à 2% pendant la première décennie de l'euro, contre 3% dans les années 1990 et entre 8 à 10% dans les années 1970 et 1980.

Les taux d'intérêt réels ont plongé, les déficits budgétaires n'ont jamais été aussi bas, sauf dans quelques pays comme la France, mais même cette dernière reste dans les clous.

La suppression du risque de change a dopé l'intégration de l'économie et des marchés financiers au-delà des espérances.

Les flux commerciaux au sein de la zone euro représentent un tiers de son PIB, contre un quart il y a dix ans, et les investissements directs ont afflué dans l'Euroland.

L'euro est devenue la deuxième monnaie internationale: la part mondiales des réserves officielles en euros est passée de 18% en 1999 à plus de 25% en 2007 et la monnaie unique est utilisée dans 50% des échanges extérieurs de la zone.

UN SEUL SIÈGE AU FMI

Enfin, la Commission estime à 16 millions le nombre d'emplois créés depuis 10 ans grâce à l'euro, ce qui a permis de réduire le taux de chômage à 7% de la population active.

Mais tout n'est pas rose dans cette zone qui, avec 15 pays, regroupe désormais quelque 320 millions d'habitants.

L'euro est souvent associé à l'inflation, même si, selon la Commission, il n'est qu'un "bouc émissaire" pour de "mauvaises politiques nationales" et pour "des hausses de prix abusives parfois pratiquées dans certains secteurs".

Avec un taux de 2% par an, la croissance potentielle reste trop faible et le revenu par habitant de la zone euro stagne à 70% de celui des Etats-Unis, tandis que d'importantes différences, notamment d'inflation, subsistent entre les pays.

L'euro pourrait jouer un rôle de bouclier sur la scène internationale, mais "ce potentiel est sous-exploité cas la zone euro ne dispose d'aucune stratégie internationale clairement définie ni d'aucune représentation internationale efficace".

La Commission profite donc des 10 ans de l'euro pour présenter des suggestions qui, même si elles seront débattues pendant la présidence française de l'UE, au second semestre de 2008, ne vont pas aussi loin que ce que Paris souhaiterait, comme un sommet de l'Eurogroupe pour piloter la devise.

Cette idée est vue avec méfiance à Berlin, où l'on redoute que cela ne limite l'indépendance de la BCE, un tabou.

A aucun moment la Commission ne parle de la politique de changes qui est pourtant de la responsabilité des ministres et de la BCE, sauf pour dire qu'il faut parler d'une seule voix.

Mais une avancée majeure aura été faite si ses idées sont retenues par les ministres des Finances.

Centrée pour l'instant sur les politiques budgétaires, la surveillance des pairs devrait s'applique aux dépenses, notamment en matière de soins de santé et de vieillissement de la population, aux déséquilibres commerciaux, à l'inflation et à la redistribution des ressources décidées par les Etats membres.

Il faut également, selon la Commission, pouvoir débattre ensemble des réformes structurelles à mettre en oeuvre pour améliorer le fonctionnement des marchés de l'emploi, y compris une plus grande souplesse des salaires.

La montée en puissance de l'euro lui donne aussi l'obligation d'adopter une stratégie internationale qui doit être défendue à terme par un siège unique dans les institutions comme le Fonds monétaire international (FMI).

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