MOSCOU (Reuters) - En cédant ce mercredi la présidence à son dauphin Dmitri Medvedev, Vladimir Poutine laissera derrière lui une Russie forte, ayant renoué avec la confiance et retrouvé une voix assurée sur la scène internationale.
Mais ces progrès sont assortis sur le plan intérieur d'une remise au pas qui n'est pas sans rappeler l'époque soviétique, lorsque Poutine était encore officier du KGB.
La Russie traversait une période troublée lorsque la démission surprise de Boris Eltsine a propulsé Poutine au pouvoir, le 31 décembre 1999. L'économie était en crise et le Caucase en proie à la rébellion séparatiste tchétchène.
Huit ans plus tard, les électeurs s'estiment redevables à Poutine de la transformation du pays et le président, appelé à prendre la tête du gouvernement dès son départ du Kremlin, jouit d'un taux de popularité sans précédent de quelque 70%.
La Tchétchénie a été en grande partie pacifiée et les principaux chefs rebelles ont été tués, même si une insurrection islamiste de moindre ampleur continue d'être source d'instabilité dans la région.
L'économie, stimulée par le cours élevé du pétrole et du gaz et par les réformes de marché lancées par Poutine dès son arrivée au pouvoir, croît sur un rythme annuel de 7%.
Les grandes entreprises russes font leur entrée sur les marchés occidentaux, comme le sidérurgiste Severstal qui a des participations dans des aciéries américaines, et la compagnie pétrolière LUKOIL, qui dispose d'un réseau de 2.000 stations-service aux Etats-Unis et projette d'acheter des raffineries dans ce pays.
"Nous nous sentons plus confiants maintenant", reconnaît le ministre des Finances, Alexeï Koudrine. "Le gouvernement n'est plus contraint de colmater les trous et il peut se concentrer sur des objectifs à long terme."
"Je lis à nouveau les journaux parce que j'y vois des choses dont je peux être fier", se félicite Oleg Georgïevitch, un retraité venu admirer les chars et les lance-missiles parcourant les rues de Moscou où se prépare le défilé du 9 mai, commémoration de la victoire sur l'Allemagne nazie dans la plus pure tradition soviétique.
SIGNES INQUIÉTANTS
Néanmoins, une minorité de Russes, tout comme des gouvernements occidentaux et des groupes de défense des droits de l'homme, relèvent des signes inquiétants.
"La principale réussite de Poutine, c'est un retour spectaculaire à l'époque soviétique", affirme l'auteur et militant d'opposition Zakhar Prilepine sur le site internet Izbrannoye (www.izbrannoye.ru).
Sous Poutine, la Russie est revenue sur des libertés politiques accordées à l'époque d'Eltsine.
Les gouverneurs de régions, jusqu'ici élus, sont désormais désignés par le pouvoir central. Le Parlement, autrefois théâtre de débats politiques animés, est devenu une docile chambre d'enregistrement des décisions du Kremlin.
Les partis d'opposition se plaignent d'avoir été marginalisés par une campagne de harcèlement du Kremlin et dénoncent des élections truquées en faveur de Russie unie, le parti de Poutine. Le Kremlin rétorque que l'opposition a perdu du terrain parce quelle n'est pas en phase avec les électeurs.
A la base, l'influence envahissante du pouvoir se fait aussi sentir.
"J'ai dû prendre ma carte à Russie unie", confie un homme d'affaires quinquagénaire de Iaroslavl. "C'est devenu un billet d'accès aux contacts officiels et cela vous protège des problèmes, exactement comme la carte du Parti communiste à l'époque soviétique."
Poutine fait valoir que des pouvoirs politiques forts étaient nécessaires pour assurer la croissance économique et éviter la désintégration du pays.
Il défend aussi avec force l'accroissement de l'implication gouvernementale dans l'économie. Certaines compagnies internationales ont été contraintes de céder leur participation dans de lucratifs projets énergétiques et les entreprises nationales se multiplient.
De nombreux investisseurs se sont inquiétés de la manière dont l'Etat a démantelé la compagnie pétrolière Ioukos, arrêté ses dirigeants et bradé ses fleurons à la compagnie nationale Rosneft dans le cadre d'enchères pour le moins opaques.
Le monde des affaires, qui depuis l'affaire Ioukos se tient soigneusement à l'écart de la politique, met néanmoins en garde contre une trop grande intervention de l'Etat, qui risque de freiner l'économie.
"Il faut de la clarté sur le rôle de l'Etat et de l'entreprise privée dans l'économie", a déclaré le mois dernier à Medvedev Alexander Chokhine, patron de l'influente Union des industriels et des entrepreneurs.
Version française Nicole Dupont

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