PARIS (Reuters) - Les syndicats expriment leur colère face au contrôle des chômeurs et au concept controversé d'offre valable d'emploi que le gouvernement entend imposer dans un projet de loi en préparation.
La ministre de l'Economie Christine Lagarde et son secrétaire d'Etat à l'Emploi Laurent Wauquiez ont reçu dans l'après-midi les partenaires sociaux pour une table ronde consacrée à l'indemnisation des chômeurs.
Alors que le gouvernement voudrait déposer un projet de loi avant l'été, les syndicats contestent l'idée même qu'on puisse légiférer sur le concept d'offre raisonnable d'emploi et critiquent les propositions qui leur ont été communiquées ce week-end par le pouvoir.
"Il y a 3,5 millions de demandeurs d'emplois potentiellement indemnisables et il faut donner au service public le moyen de leur accompagnement, les fraudes c'est marginal or c'est là-dessus que le gouvernement voudrait qu'on concentre toute notre énergie", a déploré Gaby Bonnand, de la CFDT, avant l'ouverture de la table ronde.
Gabrielle Simon (CFTC) a dénoncé une contradiction avec la fusion Assedic-ANPE qui vise à accompagner les personnes en recherche d'emploi. "Nous demandons que l'offre valable d'emploi soit négociée par les partenaires sociaux dans le cadre des négociations sur l'assurance chômage et définie par contractualisation avec la personne référente du service public pour l'emploi", a-t-elle dit à Reuters.
"CE N'EST PAS ACCEPTABLE"
Maurad Rabhi, de la CGT, a rappelé le précédent des réformes du marché du travail en Allemagne où les chômeurs se voyaient contraints d'accepter des emplois précaires.
"Le gouvernement veut accroître les travailleurs pauvres pour diminuer le chômage et ce n'est pas acceptable", a-t-il dit.
Selon le projet gouvernemental, après trois mois de chômage, un demandeur d'emploi ne pourrait pas refuser deux fois un emploi "compatible avec ses fonctions", "rémunéré à 95% du salaire antérieur", "dans la zone définie".
Au bout de six mois, le demandeur d'emploi ne pourrait refuser plus de deux offres d'emplois compatibles avec ses qualifications et rémunérées à 80% du salaire antérieur. L'emploi devrait également être situé "à une distance telle qu'il n'entraîne pas un trajet d'une distance de plus de 30 km ou un temps de transport en commun supérieur à une heure".
Au-delà de 12 mois, sera considéré comme "raisonnable" tout emploi répondant aux mêmes conditions de qualification et d'éloignement géographique et rémunéré à un salaire supérieur à l'allocation-chômage (soit, dans le cas le plus courant, 57,4% du salaire antérieur).
Le projet ne fait en outre pas de distinction entre le contrat à durée indéterminée et les autres formes de contrat : un CDD ou une mission d'intérim seraient jugés tout aussi valables qu'un contrat durable.
Les demandeurs d'emploi qui refuseraient ces mesures pourraient se voir radiés pendant deux mois des fichiers du nouveau service public de l'emploi issu de la fusion ANPE-Assedic avec, le cas échéant, la suspension de l'allocation perçue.
LE SÉNIORS INCITÉS À LA RECHERCHE D'EMPLOI
Parallèlement au durcissement du contrôle du chômage se profile la fin de la dispense de recherche d'emploi pour les plus de 57 ans.
En visite mardi matin dans une entreprise du Gard qui emploie 25% de seniors, le président Nicolas Sarkozy a qualifié le sous-emploi des seniors de "scandale social" et annoncé que l'âge limite de dispense serait relevé de six mois par an, passant dès 2009 de 57,5 à 58 ans.
Le taux d'activité des 55-65 ans est de 38% en France, bien en-deçà de la moyenne européenne qui est de 43,5%.
Un autre point sensible des discussions entre le gouvernement et les partenaires sociaux est le transfert d'une partie de la cotisation chômage sur les retraites pour réduire le déficit du régime vieillesse. Grâce à la baisse du chômage, les excédents de l'Unedic pourraient atteindre près de sept milliards d'euros en 2010.
Les syndicats sont hostiles à ce transfert et demandent en priorité une meilleure indemnisation des demandeurs d'emplois, dont un sur deux ne perçoit pas d'allocation.
Dans un document préparatoire à la conférence de mardi, Bercy indique que le nombre de demandeurs d'emploi exclus de l'assurance chômage est passé en quatre ans de 46,1% à 50,4%. Rien qu'en 2007 les Assedic ont prononcé quelque 2,3 millions de rejets de demande d'allocation, dont 80% au titre d'une cotisation insuffisante.

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