RANGOUN (Reuters) - Six jours après le passage du cyclone Nargis, des centaines de milliers de Birmans attendent toujours des secours d'urgence que la communauté internationale peine à faire parvenir en raison du refus de la junte militaire d'ouvrir le pays à une aide extérieure massive.
Les Nations unies ont estimé jeudi à 1,5 million le nombre d'habitants "sévèrement touchés" par le typhon qui a dévasté samedi le delta de l'Irrawaddy et aurait fait, selon certaines estimations, peut-être 100.000 morts.
En marge d'une réunion du Conseil de sécurité consacrée à la catastrophe, l'ambassadeur des États-Unis à l'Onu, Zalmay Khalilzad, s'est déclaré "scandalisé par la lenteur de la réponse du gouvernement birman" aux offres d'assistance.
"Il est clair que la capacité du gouvernement à faire face à cette situation, qui est catastrophique, est limitée", a-t-il déclaré à des journalistes.
Le Programme alimentaire mondial des Nations unies et la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont annoncé qu'ils avaient pu commencer à livrer par avion des vivres et du matériel.
Des responsables onusiens ont indiqué qu'une demi-douzaine d'avions-cargos avait été autorisée à atterrir à l'aéroport de Rangoun, l'ancienne capitale et la plus grande ville birmane.
Les États-Unis attendent en revanche toujours le feu vert pour que leurs avions militaires puissent atterrir dans le pays. Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a déclaré que Washington était prêt à fournir une aide immédiate et qu'il serait "tragique" que ses capacités logistiques dans la région ne soient pas employées.
Quatre navires de la marine américaine, le contre-torpilleur USS Mustin et trois bateaux de la force expéditionnaire Essex, se dirigent vers le Myanmar depuis le golfe de Thaïlande. Des hélicoptères de la force Essex ont parallèlement atterri en Thaïlande pour participer à l'effort humanitaire.
DIVISION A L'ONU
Les témoignages recueillis à travers le delta montrent que les habitants s'efforcent de s'organiser en l'absence d'aide extérieure.
"Il y a plus de mille personnes ici à la périphérie de Labutta", a déclaré un habitant. "C'est un camp de réfugiés. L'eau est un gros problème. Beaucoup de gens d'ici ont fait des dons. Ils ont offert du riz, des légumes, des nouilles."
À propos du sentiment des survivants face au régime militaire, il a répondu: "Il ont besoin de nourriture et de leur famille. Ils n'ont pas besoin d'une révolution."
La junte militaire est soupçonnée de freiner l'arrivée d'une aide internationale par crainte que celle-ci ne perturbe le déroulement du référendum qu'elle organise samedi sur un projet de constitution visant à renforcer ses pouvoirs. La consultation n'a été repoussée - de deux semaines - que dans les régions les plus touchées par le cyclone.
Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a indiqué qu'il cherchait à s'entretenir directement avec le numéro un du régime, le général Than Shwe. Il jugerait "prudent", selon une porte-parole, que la junte remette à plus tard le référendum.
Ban a déclaré à CNN qu'il était "déjà très tard" pour des actions immédiates face au cyclone mais pas trop tard pour un feu vert de la junte.
Paul Risley, porte-parole du Pam, a souligné que les agences humanitaires acheminaient en général, dans le cas de telles catastrophes, des secours dans les 48 heures.
John Holmes, le sous-secrétaire de l'Onu pour les affaires humanitaires, a estimé de son côté qu'il valait mieux tenter de collaborer avec le gouvernement plutôt que de dénoncer les retards dans l'acheminement de l'aide.
C'est Holmes qui a évoqué 1,5 million de personnes "sévèrement touchées" mais l'ambassadeur de Grande-Bretagne à l'Onu, John Sawers, n'a pas écarté un chiffre de plusieurs millions.
La télévision nationale birmane s'en tient au bilan toujours officiel de 22.980 morts et 42.119 disparus. Shari Villarosa, chargée d'affaires américaine au Myanmar, déclare que le nombre de morts pourrait dépasser 100.000.
La France a proposé à l'Onu d'invoquer la "responsabilité de protection" pour livrer de l'aide au Myanmar sans l'approbation du gouvernement. L'initiative a été repoussée au Conseil de sécurité par la Chine, le Viêtnam, l'Afrique du Sud et la Russie. La Chine et l'Indonésie ont recommandé de ne pas donner un tour politique au dossier.
Les promesses d'aide atteignent désormais quelque 40 millions de dollars (26 millions d'euros). La première enveloppe d'aide française en faveur des victimes du cyclone est passée de 200.000 à deux millions d'euros.
Version française Jean-Stéphane Brosse

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