YANGON, 6 mai (Reuters) - Le puissant cyclone qui s'est abattu ce week-end sur le delta de l'Irrawaddy, au Myanmar, a fait au moins 15.000 morts et 30.000 disparus, pour la plupart victimes de la vague géante provoquée par le passage de Nargis, rapportent les autorités.
"Davantage de décès ont été provoqués par la vague géante que par le cyclone lui-même", a déclaré le ministre des Secours et de la Réinstallation, Maung Maung Swe, lors d'une conférence de presse dans l'ancienne capitale dévastée, Yangon, où les réserves en eau potable et en nourriture ont déjà atteint un seuil inquiétant.
"La vague faisait près de 3,5 mètres de haut et elle a balayé et inondé la moitié des maisons dans les villages situés au-dessous du niveau de la mer", a-t-il expliqué, donnant pour la première fois des informations détaillées sur le cyclone de catégorie 3 qui était accompagné de pointes de vent à 190 km/h. "Les gens n'avaient nulle part où aller."
Il s'agit du cyclone le meurtrier en Asie depuis 1991, où 143.000 personnes avaient été tuées au Bangladesh.
Le ministre des Affaires étrangères Nyan Win a déclaré à la télévision nationale que 10.000 personnes avaient trouvé la mort dans la seule ville de Bogalay, à 90 km au sud-ouest de Yangon.
Signe de l'ampleur de la catastrophe, la junte militaire au pouvoir dans l'ancienne Birmanie depuis 46 ans a finalement décidé de reporter au 24 mai le référendum sur une nouvelle constitution dans les secteurs de Yangon et du delta d'Irrawaddy les plus touchés.
Le référendum, fixé au 10 mai, est cependant maintenu dans le reste du pays.
CENTAINES DE MILLIERS DE SANS-ABRI
La junte a par ailleurs levé l'état d'urgence dans trois des cinq États où il avait été proclamé ainsi que dans une partie des zones les plus touchées, Yangon et le delta de l'Irrawaddy.
Le ministre de l'Information, Kyaw Hsan, a assuré que le pays disposait de réserves de riz suffisantes bien qu'une partie des stocks situés dans le delta aient été abîmés par le passage du cyclone.
Après une rencontre avec l'ambassadeur du Myanmar à Bangkok, le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Noppadol Pattama, a dit avoir été informé que 30.000 personnes étaient portées disparues.
"Les pertes sont bien plus importantes que ce que nous avions estimé", a dit le ministre. L'ambassadeur, Ye Win, a refusé de répondre aux questions de la presse.
Selon les Nations unies, le nombre de personnes sans abri se chiffre par centaines de milliers.
L'ampleur de la catastrophe a conduit la junte militaire à accepter une aide extérieure au bout de deux jours, ce qu'elle avait refusé en 2004 après un tsunami dans l'Océan indien.
Selon Bernard Delpuech, responsable de l'aide humanitaire européenne, à Yangon, la junte a dépêché trois navires transportant des vivres dans la région du delta, principale région productrice de riz du pays. Près de la moitié de la population birmane vit dans les cinq États touchés par le passage de Nargis.
Un avion de transport militaire thaïlandais transportant neuf tonnes de nourriture et de matériel médical a décollé mardi en direction du Myanmar.
L'organisation humanitaire World Vision, basée en Australie, a indiqué avoir obtenu des visas spéciaux pour envoyer du personnel en renfort afin d'aider les 600 membres de l'organisation déjà sur place.
"OÙ SONT LES MILITAIRES ET LA POLICE ?"
"Les organisations comme la nôtre ont obtenu la permission, ce qui est quasiment sans précédent, d'envoyer des personnels par avion. Cela montre l'état de préoccupation du gouvernement birman", a souligné Tim Costello, directeur de World Vision pour l'Australie.
Dans leur couverture de la catastrophe, les médias nationaux insistent beaucoup sur l'aide fournie par l'armée, montrant des images de soldats déplaçant des troncs d'arbres ou de hauts gradés montant dans des hélicoptères ou accueillant des déplacés dans des temples bouddhistes.
Le ministre de l'Information Kyaw Hsan a assuré que l'armée "faisait de son mieux" mais de l'avis des analystes, les généraux qui se vantaient de pouvoir faire face à n'importe quel événement pourraient voir leur image ternie par la catastrophe.
"Le mythe qu'ils avaient construit sur leur bonne préparation a totalement volé en éclat", estime Aung Naing Oo, un analyste qui a fui en Thaïlande après la répression meurtrière d'un soulèvement 1988. "Cela pourrait avoir un impact énorme, à long terme."
Alors que la brutale répression des manifestations de moines bouddhistes en septembre est encore dans tous les esprits, beaucoup jugent la réponse de l'armée insuffisante.
"Le régime a perdu une occasion en or d'envoyer les soldats juste après le cyclone pour regagner le coeur des gens", a déclaré à Reuters un fonctionnaire à la retraite". "Où sont les militaires et la police ? Ils ont été très rapides et très agressifs lorsqu'il y avait des manifestations l'année dernière."
Version française Gwénaelle Barzic

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