Pourquoi serait -il nécessaire de punir ceux qui nient les génocides, si lointains soient-ils dans le temps et dans l’espace comme celui perpétré par les Turcs sur les Arméniens ? Pourquoi devrions-nous accepter que les troubles produits par ceux qui tiennent de tels propos justifient des entorses à la liberté d’expression, la plus précieuse des libertés démocratiques ? En bref, avons-nous des raisons d’être satisfaits, voire soulagés, que le Sénat ait adopté la proposition de loi Boyer en dépit des multiples protestations qu’elle a suscitées ?
L’appel «Respect pour les victimes du génocide arménien» - cosigné, entre autres, par Charles Aznavour, Serge Klarsfeld, Bernard- Henri Lévy et Michel Onfray (Libération du 18 janvier) - tente de répondre à ces questions épineuses. En faisant leur le mot d’Elie Wiesel, les signataires affirment que «tolérer le négationnisme, c’est tuer une seconde fois les victimes». Or, cette phrase prise dans son sens littéral est très problématique. D’abord parce qu’on ne peut pas tuer des personnes qui sont déjà mortes. Ensuite, parce que si un tel acte était possible, on devrait punir les négationnistes par leurs «massacres verbaux» de peines très sévères et non pas d’un an de prison et 45 000 euros d’amende, comme le prévoit la loi Boyer. Enfin, parce qu’on sait qu’à la différence des revolvers, des machettes ou des chambres à gaz, les opinions, si déplaisantes soient-elles, ne tuent point. Certes, on peut penser que la phrase d’Elie Wiesel est une métaphore comme lorsqu’on affirme «je meurs d’amour» et que l’on n’est ni Roméo ni Juliette.
Les victimes des mauvais mots ne seraient donc pas les morts mais les vivants qui seraient blessés lorsqu’ils les entendent. Or, si l’on punissait ceux qui chagrinent et enragent les autres par des propos stupides, faux et injustes, on devrait être tous sous écrou. C’est pourquoi, pour savoir quel est le statut de la phrase énigmatique d’Elie Wiesel pour les auteurs de cet appel, il faut se (...) Lire la suite sur Liberation.fr
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