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    Les milices colombiennes de la peste brune à la poudre blanche

    Les yeux rougis par le manque de sommeil, Juvenal jette des regards inquiets alentour. Un ami qu’il a gardé au sein des Aguilas Negras, une des armées privées de trafiquants qui ensanglantent la Colombie, l’a averti : «Ils ont repéré où tu dormais, pars vite.» La gare routière de la ville de Montería, dans le nord-ouest du pays, où il a passé trois nuits après avoir déserté, n’est plus un endroit sûr. Son sac sur le dos, il sillonne la capitale du département caribéen du Córdoba pour quémander quelques billets, de quoi abandonner la région au plus vite. «Je sais quelles sont leurs routes de sortie de cocaïne, où sont leurs laboratoires, affirme-t-il. C’est pour ça qu’ils veulent me tuer.»

    Couvre-feu. Les Aguilas Negras, qu’il a abandonnées une semaine plus tôt, sont une des «bandes criminelles émergentes», baptisées «Bacrim» par le pouvoir, qui contrôlent le trafic de drogue dans le pays, premier producteur mondial de cocaïne. Issus des sanglantes milices antiguérilla des Autodéfenses unies de Colombie (AUC, extrême droite), démobilisées en 2006, ces groupes compteraient jusqu’à 10 000 hommes et défient les autorités : au début de l’année, l’un d’eux a décrété un blocage de l’activité économique sur toute la côte des Caraïbes. Leur couvre-feu a affecté le transport et le commerce dans la plupart des zones rurales jusque dans des villes touristiques, comme Santa Marta.

    Dans les campagnes et les petites villes du Córdoba, personne n’ose les défier. Les quartiers pauvres de Montería regorgent de familles chassées de chez elles par ces paramilitaires. «Nous étions au village quand ils ont traîné notre voisin les mains liées et l’ont abattu devant tout le monde, raconte Zoraida (1), qui vit désormais dans une cabane de planches au sol nu, inondée à chaque averse. Ils ont promis la même chose à tous ceux qui parleraient d’eux.» Elle est partie aussitôt avec ses deux enfants, abandonnant ses cultures en pleine récolte. Depuis, son hameau se vide peu à peu. Zoraida (...) Lire la suite sur Liberation.fr

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