La Chine va-t-elle entrer en guerre contre les Philippines ? Oui, à n’en pas douter, si l’on se réfère aux milliers de commentaires belliqueux qui s’étalent depuis quelques semaines sur les sites internet : «Si tous les Chinois crachent chacun un glaviot sur l’archipel des Philippines, il sera englouti» ; «Attaquer les Philippines, c’est comme écraser des fourmis» ; «Tuons ces chiens de Philippins pour les empêcher d’aboyer !»
Pékin a ordonné la semaine dernière aux agences de voyages du pays d’annuler leurs excursions vers Manille, tandis que des cargos entiers de bananes en provenance de l’archipel sont laissés à pourrir dans les ports chinois. Emportée par la ferveur nationaliste, une présentatrice du journal télévisé officiel a annoncé, sur le ton de la colère : «Nous savons tous que les Philippines font partie depuis toujours du territoire chinois, et ce fait est incontestable.» La speakerine voulait en fait parler non pas des Philippines, mais d’un îlot, Scarborough Shoal, dont les deux pays revendiquent la souveraineté.
Ce minuscule bout de terre à l’origine de cette exaltation patriotique, situé à 160 km des Philippines et à 800 km des côtes chinoises, est appelé Panatag par Manille et Huangyan par Pékin. Les bas-fonds environnants regorgeraient de pétrole et de gaz. Tout a commencé le mois dernier, lorsque des vedettes chinoises y ont empêché la marine des Philippines d’arraisonner des pêcheurs chinois soupçonnés de braconner des ailerons de requins. Dans la foulée, l’ambassadeur des Philippines à Pékin a été convoqué pour l’informer que «la Chine était prête à répliquer».
Un journaliste d’une télévision de Shanghai est ensuite allé - certainement pas de sa propre initiative - planter un drapeau chinois sur l’îlot. Après que le président philippin, Benigno Aquino, a dit escompter une aide des Etats-Unis en cas d’attaque, les médias chinois se sont déchaînés. «Les Philippines ont besoin qu’on leur donne une leçon…» a tonné le Global Times. «Le gouvernement (...)
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