Apichatpong Weerasethakul invente le pobcast
Dans la salle Bazin du Palais des Festivals, moins de dix pour cent de la salle a quitté la projo. Une demi-douzaine de rires gras seulement s'est fait entendre ensuite. Comme disait une critique thaï rencontrée dans la file d'attente : et encore, les journalistes détestent moins qu'avant.
Distance intime
Weerasethakul, c'est le moyen de mourir de poésie. Comment filmer une pelleteuse dépiautant des troncs d'arbre avec la grâce d'une sauterelle. Ou à l'inverse, des skieurs nautiques sur un fleuve comme les atomes en chute aléatoire dans l'univers. Un guitariste pendant deux minutes (là, les gens sortent de la salle). Autre performance : avoir cet unique morceau de musique durant une heure en continu, en boucle, sans qu'il devienne insupportable.
Pour regarder le monde, Weerasethakul se met à la distance idoine, plan d'ensemble un peu de biais, comme s'avançant sur un promontoire, prêt à reculer, délaisser la scène. Dans un détachement attentif.
On s'aperçoit que les années 60 ont filmé l'Asie du Sud-Est comme elle peut se voir encore ou vice-versa. Resnais avait emporté le Mékong à Marienbad en passant par Hiroshima.
Pob de nous
Résumé de Mekong Hotel : un guitariste ne se rappelle plus la chanson qu'il a composée. Il la retrouve cependant, en deux fois, qui font deux parties du film. La situation à laquelle on assiste se déroule peut-être de cette musique qui l'accompagne tout du long. Où l'on voit une femme d'âge médian devenue un "pob", une sorte de fantôme répandu en Thaïlande, et dans l'enfance du réalisateur. Sa malédiction consiste à manger les tripes des vivants. Elle a une fille, ce qui est un peu gênant.
Et qui rappelle l'intense proximité du Cauchemar de Füssli.
Il n'aura échappé à personne que le monstre dévoreur est issu de l'individu même qu'il dévore. Dans Mekong Hotel, c'est pareil. Le film évoque l'exode des (...)
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