Dans la bouche du candidat sortant, les valeurs et la devise du régime de Vichy - Travail, Famille, Patrie - se substituent tout naturellement à celles de la République. Le candidat sortant avait abondamment parlé du travail comme valeur essentielle. Dans son discours de Marseille, il a chanté la France sur tous les tons. Mais a-t-on suffisamment prêté attention au passage qu’il y a consacré au volet central du triptyque vichyssois ? Je le cite : «La famille, le mariage restent des repères, restent des références profondément ancrées dans notre conscience collective, et qui font partie de notre identité. Nous ne voulons pas que l’on sacrifie notre identité à la mode du moment.» Ce passage, martelé avec force, est un véritable morceau d’anthologie qui appelle au moins trois remarques.
1- Sous l’apparence de l’unanimité fusionnelle et du rassemblement («notre conscience collective», «notre identité»), c’est un langage qui exclut et stigmatise.
2- Ceux qu’il stigmatise sont ceux qui sacrifient notre identité «à la mode du moment». Si ces mots ont un sens, ils s’appliquent bien évidemment à tous ceux qui ne se marient pas : aux célibataires, aux pacsés, aux partisans de l’union libre et aux homosexuels. «Nous» voulons une France identitaire et mariée. L’intrusion dans la vie privée, le langage des valeurs appliqué aux rapports entre les sexes et aux formes qu’ils devraient prendre sont toujours la marque du totalitarisme, aujourd’hui comme hier. A quand un référendum sur le mariage obligatoire ?
3- Le propos du candidat sortant, littéralement réactionnaire, devrait donc, si on le prenait au sérieux, réveiller le souvenir d’une des périodes les plus nauséabondes de notre histoire. Il se concevrait, à la rigueur, dans la bouche d’un traditionaliste convaincu, nostalgique d’une morale pétainiste, chef de famille et monogame invétéré, d’un personnage déplaisant, certes, mais cohérent. Le candidat sortant est loin de présenter ce profil. A la suite d’un feuilleton (...) Lire la suite sur Liberation.fr
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