Les clandestins affluent dans le sud du pays. L’ethnie toubou tente d’y faire face, mais est elle-même abandonnée à son sort par le gouvernement.
Ils sont comme ensablés, pris au piège du désert libyen. Plus de 1 300 immigrés clandestins sont détenus à une centaine de kilomètres au sud de la ville de Sabha, en bordure de la route qui s’enfonce entre les dunes vers la frontière nigérienne. Ils n’ont pas d’abri, même pas de tente de fortune. Ils dorment à même le sol de sable et de cailloux. Les plus chanceux ont une couverture pour se protéger des rafales de vent brûlant. Les autres sont recroquevillés, la tête enfouie dans un keffieh ou un tee-shirt. En ce début de soirée, il fait encore 35 degrés dans le désert du sud libyen. L’endroit est réputé pour abriter scorpions et vipères.
«Je vis un calvaire, dit Sébastien, un plombier béninois de 36 ans. Je n’ai aucune idée de ce qui va m’arriver, si je vais mourir ici ou être relâché. Je n’ai plus d’argent, de passeport ou même de téléphone. C’est comme si je n’existais plus.» Sébastien est l’un des premiers à avoir été enfermés dans le camp, créé à il y a un mois par l’armée libyenne. Il a été peu à peu rejoint par des centaines d’Africains, de Pakistanais, de Bangladais et de Syriens. Tous ont été arrêtés alors qu’ils franchissaient illégalement les frontières du Niger, du Tchad ou du Soudan.
Ils survivent depuis dans cette prison sans barreau ni mirador, gardée par une dizaine de soldats. Les repas quotidiens se limitent à une ou deux assiettes de riz. «Le pire, c’est la soif, explique Souleimane, un Tchadien de 19 ans. On a à peine un litre d’eau par jour. Et elle n’est pas bonne, elle est pleine de poussière et de sable.» Une quarantaine de détenus sont malades, victimes de diarrhées ou de blessures non soignées. Un adolescent soudanais montre une épaule luxée, séquelle d’une chute de la camionnette dans laquelle il a passé la frontière. Derrière lui, un Béninois a un œil rouge et enflé, qu’il n’arrive plus à ouvrir. (...)
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