PARIS (AP) — Pendant des années, le scénario de "Killing Fields" a traîné sur le bureau de Michaël Mann. Des années durant lesquelles le réalisateur de "Heat" et de "Révélations" a tenté de développer cette sombre histoire de meurtres en série, avec l'aide de Don Ferrarone, ex-inspecteur en chef des U.S. Marshals et ex-agent de la DEA, le département américain de lutte contre la drogue.
Au fil du temps, plusieurs réalisateurs ont été approchés dont Danny Boyle, et le projet a évolué, sans toutefois aboutir. Puis le scénario a fini entre les mains d'Ami Canaan Mann, la fille de Michael Mann. L'histoire ne nous dit pas comment cette jeune femme, réalisatrice d'un obscur premier film ("Morning") et de quelques épisodes de séries TV ("New York Police Blues", "Friday Night Lights"), s'est vu proposer le projet, mais sa parenté avec le producteur, Michael Mann, a certainement dû jouer...
Rien d'exceptionnel jusqu'ici dans le petit monde du cinéma où "fils" et "fille de..." ont toujours trouvé leur place avec les facilités dues à leurs célèbrissimes géniteurs et leurs gros carnets d'adresse.
Le piston parental a d'ailleurs révélé de véritables talents, de Michael Douglas à Charlie Sheen en passant par Sophia Coppola... Mais avec la sortie de "Killing Fields" (mercredi dans les salles en France), force est de constater qu'Ami Canaan Mann a encore du chemin à parcourir avant d'atteindre le niveau de son papa...
Texas City, Comté de Galveston, dans le sud de l'Etat du Texas. Dans cette ville ouvrière, plongée dans les eaux boueuses des bayous, "white trash" et "redneck" se cotoient au jour le jour en cherchant à survivre, entre petits jobs, trafics et expédients. Certains sombrent dans le whisky bon marché, d'autres dans le crack et la métamphétamine, et quelques-uns deviennent des flics, plutôt de bons flics d'ailleurs, à l'instar de l'inspecteur Mike Souder (Sam Worthington) et de sa collègue Pam (Jessica Chastain).
Mais lorsque des cadavres de femmes sont découverts à l'orée de la ville, sur un terrain vague surnommé Killing Fields, l'enquête piétine.
Minée par ses rivalités internes, embarrassée par la complexité du lieu du crime, la police locale ne dispose d'aucune piste sérieuse, jusqu'à la disparition d'une jeune fille dans le comté voisin... C'est alors que Mike Souder et son collègue originaire de New York, Brian Heigh (Jeffrey Dean Morgan), commencent à enquêter sur l'affaire. Peu à peu, toutes les pistes se rejoignent pour pointer vers les sombres méandres des bayous et les mystérieux Killing Fields.
Inspiré de faits réels, basé sur une série de meurtres survenus le long de l'autoroute I-45 à League City au Texas, "Killing Fields" s'annonçait comme un excellent film de "serial killer", dans la veine de "Seven" ou de "Zodiac". Mais n'est pas David Fincher qui veut. Ami Canaan Mann a beau connaître la mise en scène, elle ne parvient jamais à installer l'atmosphère digne d'un bon polar.
Au départ pourtant, tout s'y prête: le décor de "Killing Fields" tourné sur les terres désolées de la Nouvelle-Orléans au lendemain de l'ouragan Katrina, le trio d'acteurs, Jeffrey Dean Morgan-Sam Worthington-Jessica Chastain, à la fois charismatique et compétent, et l'histoire angoissante de ces femmes assassinées, découpées et dispersées durant des années à travers les bayous texans...
Mais ce qui manque au film, c'est un scénario bien écrit, carré, efficace, avec du rythme et du suspense. Or, à la place, le spectateur suit une intrigue délétère, qui s'offre le luxe absurde de survoler ses principaux personnages...
Pour Ami Canaan Mann, la leçon à retenir sera donc de choisir un véritable auteur pour son prochain film. Car cette fois, c'est Don Ferrarone qui en a écrit le scénario. Consultant technique sur de nombreux thrillers, ("Spy Game", "Ennemi d'Etat", "Miami Vice"), le "flic" d'Hollywood a voulu, semble-t-il, tester ses talents de scénariste. Une lubie qui coûte cher à "Killing Fields" et à sa réalisatrice. A se demander comment Michael Mann, tout de même le producteur du film, a laissé faire un tel gâchis...
med/



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