Tenez-vous à la rampe.» Ce conseil émis sur un mode très directif est répété à chaque passage d’escalier par Lionel Gaiffe, l’énergique directeur technique de l’usine de La Hague (Manche) aux visiteurs qu’il cornaque ce jour-là. Voudrait-il faire oublier que son établissement, qui appartient à Areva, concentre l’essentiel de la radioactivité générée par les centrales nucléaires françaises ? Qu’on s’y livre à une chimie de haut vol afin d’y séparer matières nucléaires (uranium et plutonium) des déchets radioactifs ? Voir dans le conseil du directeur une manœuvre de diversion serait une erreur. Tout juste un de ces multiples paradoxes que porte l’usine de La Hague. Il y en a quatre autres à percer pour saisir les dessous du pataquès survenu le mois dernier entre le Parti socialiste et Europe Ecologie-les Verts dans l’ultime épisode de leurs négociations d’un accord électoral.
Le paradoxe de la pénurie
A l’origine, l’usine de La Hague devait «traiter» les déchets ultimes des centrales et surtout anticiper une pénurie d’uranium que l’on imaginait alors se profiler, doublée d’un inévitable renchérissement de cette matière première. En effet, les réacteurs actuels - dits «à neutrons lents» - n’utilisent dans leur fonctionnement que 0,7% de l’uranium naturel (l’uranium 235). Pour utiliser les 99,3% d’uranium restants, on espère donc mettre au point des «réacteurs à neutrons rapides», capables d’utiliser tout l’uranium naturel.Il y a quarante ans, des ingénieurs - en France, aux Etats-Unis, en Russie et au Japon - voient donc l’avenir du nucléaire avec des milliers de réacteurs «rapides». Encore fallait-il trouver le plutonium dont ils ont besoin pour démarrer, même s’ils peuvent ensuite en fabriquer plus qu’ils en consomment. D’où le tirer ? Des combustibles usés issus du fonctionnement des réacteurs «lents», proposent alors les ingénieurs.
Cette stratégie à long terme devait garantir à la France, pour des siècles, son indépendance en matières nucléaires grâce aux (...) Lire la suite sur Liberation.fr
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