«En fait, j’aurais aimé écrire, mais comme je n’avais pas ce talent, hélas, j’ai écrit à ma manière, en confectionnant des poupées», résume ce petit bout de femme espiègle de 79 ans qui a choisi une drôle de voie : faire de la couture un sport de combat. Cinquante ans que Marie-Jeanne Nouvellon tricote, pique, sculpte, assemble des dizaines de versions d’une héroïne aussi coquette que mordante : une certaine Suzy B, poupée de 40 à 45 centimètres qui fait «non» dans tous les slogans et légendes qui l’accompagnent. Suzy rebelle qui interpelle : «Monsieur le président. Nous voulons des femmes au Panthéon !» parce que franchement, Marie Curie et Sophie Berthelot, ça fait trop peu. Ou Suzy manifestante, qui pourfend l’éducation catholique en revendiquant «Moi, mon homme, c’est Jules Ferry».
En ce mois de février, le grand Jules lui rend le compliment : à Rouen, au musée national de l’Education (1), digne fils du Musée pédagogique qu’il créa, Marie-Jeanne Nouvellon a jusqu’en mai les honneurs d’une expo intitulée «130 Poupées, regards d’une femme sur le XXe siècle». Fresque ludique, artistique et pédagogique de la condition féminine au siècle passé. Appel parfois cinglant à revisiter la vie des petites filles verrouillées dans les pensionnats de bonnes sœurs ou l’humiliation infligée aux 20 000 tondues de la Libération : qu’elle soit blonde, brune, rousse, en tablier Vichy, en robe salopette ou perchée sur des talons, Suzy B, figurine alter ego de Marie-Jeanne Nouvellon, épingle. Finement.
A l’origine de cette expo, une autre femme : Marie-Françoise Boyer-Vidal, responsable du pôle documentation du musée, spécialiste des objets culturels pour filles, en particulier des poupées. C’est elle qui s’est enthousiasmée pour les travaux d’aiguille de Marie-Jeanne Nouvellon ; elle qui l’a convaincue de faire don d’une partie de son gynécée frondeur au musée. Elle encore qui signe le catalogue (2) et la mise en contexte des petites Suzy qui défilent entourées de repères. Des (...) Lire la suite sur Liberation.fr
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