Ce sont entre 130 et 140 millions de femmes qui ont été mutilées ces dix dernières années. L’Organisation Mondiale de la Santé définit l’excision comme une «ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres», et l’infibulation, une autre pratique du même type - mais plus rare, comme «un rétrécissement de l’orifice vaginal par la création d’une fermeture, réalisée en coupant ou en repositionnant les lèvres inférieures, et parfois extérieures, avec ou sans ablation du clitoris».
Une étude, publiée dans la revue médicale britannique The Lancet cette semaine, démontre l’efficacité des opérations de chirurgie réparatrice du clitoris. Réalisée sur 2938 patientes - dont 564 ont été excisées en France, opérées entre 1998 et 2009 et âgées en moyenne de 29 ans, cette étude est cosignée par le docteur Pierre Foldès, l’urologue qui a mis au point cette intervention dans les années 1990, le docteur Béatrice Cuzin, urologue, et la démographe Armelle Andro. La France est le seul pays au monde où l’opération est remboursée par la Sécurité Sociale. Nous avons interrogé le docteur Foldès sur cette intervention chirurgicale.
Dans quel état arrivent ces femmes chez vous ?
Il faut bien comprendre qu’une femme mutilée, c’est un peu comme une femme violée : avant d’arriver à la démarche de consultation, il y a un long parcours pour sortir du silence. Donc, quand elles sortent de cette situation de «non-parole», elles vous racontent brutalement leur vécu, elles racontent l’ensemble de tout ce qui tourne autour d’un traumatisme - social et moral. De façon indirecte, ces femmes disent ce qu’est une mutilation sexuelle féminine. Cette prise de parole, cette ouverture du dialogue qu’elles n’ont jamais eu, c’est un premier pas vers la guérison. Une fois qu’on a fait un diagnostic, on cherche une solution, sans être là pour faire la promotion d’une technique chirurgicale.
Qu’attendent-elles de l’intervention ?
Elles veulent d’abord retrouver une (...)
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