Avignon. Le chorégraphe raconte dans une fulgurante «Tragédie» comment l’humanité vient aux hommes.
Cela commence par une banale exposition de corps nus, féminins et masculins, qui s’avancent l’un après l’autre en direction du public. Sans commentaire. Ils ont tous une démarche militaire, guindés dans les bras et dans les changements, rares, de direction. Ils martèlent le sol, primitifs. Nulle intention dans cette ouverture, qui laisse en suspens.
Etat second. Que va-t-il advenir de ces chairs livrées en pâture ? Comment les 18 danseurs, de 22 à 51 ans, maigres comme des clous ou charnus, vont-ils supporter l’épreuve ? C’est toute la question de cette Tragédie, nouvelle création d’Olivier Dubois pour son cycle que l’on espère interminable sur la révolution. Sous le ciel étoilé du cloître des Carmes, le chorégraphe prend pour guide quelques auteurs, pour «se jeter dans la bataille» avec Pasolini, pour naître avec la tragédie de Nietzsche : «Par le chant et la danse, l’homme manifeste son appartenance à une communauté supérieure : il a désappris de marcher et de parler et, dansant, il est sur le point de s’envoler dans les airs. Ses gestes disent son ensorcellement.» (1)
On reste cois devant la déferlante de corps disciplinés, dirigés par le chorégraphe, contraints dans une marche simpliste, minimale, sans sentiment ni âme. Notre étourdissement, notre absence au monde sont ici incarnés. «Ne restent, dit Olivier Dubois, que des plaques de peau, comme des plaques tectoniques. La peau qui gagne du terrain pour recouvrir le monde. Nous sommes six milliards d’humains sur Terre. J’imagine que, nus et allongés, nous recouvririons le monde de nos peaux.»
Il est l’heure de se rebeller. Cela arrive par une chute. Le système chorégraphique s’enraye, bien que l’on sache parfaitement que le chorégraphe tient son propos. Ce n’est pas le cas des danseurs éblouissants qui vocifèrent et, à bout d’argument physique, épuisés, plongent dans un état second. Et nous avec. Les spectateurs (...)
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