Alain Jakubowicz, président de la Licra, fait le bilan de la loi faisant du racisme un délit, votée en 1972.
Il y a 40 ans, les députés français décidaient à l’unanimité que le racisme n'était plus une opinion mais un délit. Grâce à la loi Pleven, ou «Loi relative à la lutte contre le racisme», tout propos raciste proféré publiquement ou exprimé sur un support destiné au public est devenu une infraction. Tout comme la provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence. Parmi les derniers condamnés au nom de cette loi: Eric Zemmour, Dieudonné ou l’ancien préfet Girod de Langlade. A l’occasion de ses universités d'été qui s’ouvrent ce week-end au Havre, la Licra (Ligue contre le racisme et l’antisémitisme) organise une série de débats autour de cette loi souvent contestée au nom de la liberté d’expression. Entretien avec Alain Jakubowicz (photo Reuters), président de la Licra.
Pourquoi a-t-on créé une loi spécifique pour sanctionner le délit de racisme ?
Il y avait auparavant un texte fondateur, le décret-loi Marchandeau, adopté en 1939 et qui, sans le dire, visait principalement l’antisémitisme virulent d’avant-guerre. Une des premières mesures du gouvernement de Vichy a été d’ailleurs d’abroger ce texte. Il fut rétabli à la Libération. Mais ce texte était vague et ne créait pas de délit spécifique. Il était par ailleurs peu appliqué, parce qu’on n'avait pas réellement envie de l’appliquer. Je cite souvent un arrêt de la Cour d’appel de Paris de 1952 qui parle d’un «antisémitisme raisonnable» à propos des écrits d’un journaliste qui recommandait «une saine méfiance envers les Juifs». Mais au début des années 70, la société a évolué. La convention internationale de l’ONU sur l'élimination de toute forme de discrimination a été adoptée, ce qui a créé une pression sur la France. La décolonisation est terminée. Il y a à ce moment l’impérieux besoin de marquer le choses et les interdits.
Cette loi avait pour ambition de sanctionner le racisme (...)
Tuerie de Haute-Savoie : les enquêteurs examinent l'hypothèse d'un litige financier
Sécurité à Marseille : deux syndicats de police pour une «réponse pénale»
Le gouvernement lance une mission contre les discriminations visant les LGBT
Fessenheim sera fermée, assure Delphine Batho
La CGT dénonce le traité budgétaire européen


