La figure du cinéaste Rabah Ameur-Zaïmeche constitue l’une des plus belles énigmes du cinéma français. L’énigme, ce n’est pas tellement lui, solide quadra, bon père de famille, homme cultivé et metteur en scène rigoureux, régulier, profond, qui a déjà derrière lui une trilogie exceptionnelle sur l’état des choses dans notre beau mais rude pays. Les choses comme elles ont été vécues par toute une génération, la sienne, dite «la seconde». L’énigme, c’est le cinéma français et le regard de perruche perplexe dans lequel il semble tenir l’un de ses enfants les plus doués. Qu’en faire, qu’en dire ? Comment et où le caser ? Avec Wesh, Wesh, puis Bled number one et enfin Dernier Maquis, Rabah Ameur-Zaïmeche a donné des images, une âme et du sens aux questions les plus embarrassantes sur l’identité, l’intégration, l’islam, sans jamais en faire des tracts, mais en les incarnant dans d’excellentes chroniques humaines, sociales, vitales. Ce qui hante ses films, ce n’est pas le poids sombre et dépressif des «problèmes», c’est la lumière de leur résolution par de simples et forts choix de mise en scène.
Flambeau. Il y a longtemps que notre pays est beau mais rude, comme nous le rappelle et nous le fait surtout éprouver au sens propre les Chants de Mandrin, quatrième long métrage de Rabah Ameur-Zaïmeche qui vient rompre brutalement avec le cycle précédent. Du moins en apparence. A sa manière, le film est un flash-back dans l’histoire de France, dont une tranche est prélevée sous nos yeux par des mains restées dans le cambouis du présent. Il s’agit bien à la fois de l’histoire, du mythe, de la légende et de la Complainte de Mandrin, fameux outlaw du XVIIIe siècle qui se définissait «capitaine général des contrebandiers de France», avant d’être condamné à avoir «les bras, jambes, cuisses et reins rompus vifs […], mis ensuite sur une roue, la face tournée vers le ciel» et exécuté en mai 1755, à l’âge de 30 ans.
Lorsque le film commence, Louis Mandrin est déjà mort, mais ses (...) Lire la suite sur Liberation.fr
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