Esprits. L’exposition «les Maîtres du désordre» fait dialoguer sorcellerie et art contemporain.
La scénographie des «Maîtres du désordre» frappe d’emblée. Décorum blanc, armatures apparentes, cellules en alvéole alors que le visiteur, sur un sujet aussi hermétique aux non-initiés, aurait pu imaginer une sombre ambiance de sous-bois. La volonté était de donner le sentiment d’un univers désordonné et inachevé. Un monde en perpétuelle tectonique de Plaques. Et bien vivant après tout, aux yeux du commissaire Jean de Loisy, président du palais de Tokyo, artisan des expositions «Hors limites» (1994) et «Traces du sacré» (2008) au centre Pompidou, qui a voulu ce dialogue entre chamanisme et art contemporain.
Résurgence. Première confrontation : Outgrowth (2005), de Thomas Hirschhorn formée de globes terrestres blessés, abîmés, tuméfiés, qui montrent la violence de l’humanité. Le monde a toujours souffert de malheurs, que les religions ont interprétés comme le résultat du combat entre démons et dieux. En face, Narasimha, un des avatars de Vishnou, éviscère un diable. Le rideau se lève sur un questionnement antédiluvien et sa transposition métaphysique, entre le désarroi universel et les outils extraordinaires qui tentent de parer à l’inacceptable.
C’est là qu’interviennent les «maîtres du désordre». L’expression, titre d’un livre de Bernard Müller (lire ci-dessous), contient tout dans son antinomie. Ces maîtres sont des «funambules qui dansent sur le fil tendu» entre la réalité et la fiction. Ils sont ceux qui sont susceptibles de recréer un équilibre, chamans et autres intercesseurs - les noms diffèrent selon les sociétés. Aptes à circuler dans le monde des esprits et à se métamorphoser en animal, les initiés des cultes de possession, comme le vaudou, interviennent pour réguler le désordre. Par leur maîtrise des rituels, de la guérison, de la divination, ces personnages sont chargés de soulager la communauté de ses maux, d’arranger les dérèglements de la nature et de (...)
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