JERUSALEM (AP) — La libération de Gilad Schalit est aussi l'aboutissement d'une grande campagne de communication qui a fait un symbole du soldat franco-israélien prisonnier du Hamas pendant cinq ans.
Des cabinets de relations publiques et des experts en communication ont travaillé avec les parents du prisonnier pour enrôler des célébrités, des musiciens et une armée de milliers de volontaires qui ont défilé inlassablement à chaque date anniversaire.
Ils ont ainsi exercé une pression constante sur les premiers ministres israéliens Ehoud Olmert puis Benyamin Nétanyahou pour obtenir la négociation de la libération du jeune soldat, capturé le 25 juin 2006 par des militants palestiniens de Gaza lors d'un raid dans le sud d'Israël, puis détenu par le Hamas au pouvoir dans la Bande de Gaza depuis juin 2007.
C'est grâce à cette publicité et à l'assouplissement des positions de l'Etat hébreu et du Mouvement de la résistance islamique (Hamas) qu'a été possible l'échange du militaire de 25 ans contre 1.027 Palestiniens détenus en Israël -477 dont 27 femmes mardi, les 550 autres dans deux mois.
Lorsqu'il a été enlevé, Gilad Schalit n'était qu'un Israélien de 19 ans effectuant son service militaire obligatoire comme tant d'autres garçons et filles de son âge. Cinq ans plus tard, il est l'un des visages les plus connus de l'Etat hébreu.
"Notre stratégie a été d'identifier le message central qui devait guider la campagne. Ce message était que Gilad était le fils de tout le monde", explique Benny Cohen, l'un des dirigeants de l'agence Rimon Cohen Sheinkman, basée à Tel Aviv, et qui a pris contact avec les parents Schalit dès 2007.
L'échange de prisonniers a soulevé un vif débat car une majorité des Palestiniens libérés mardi étaient condamnés à la prison à perpétuité pour le meurtre d'Israéliens, mais un sondage publié lundi montre que huit Israéliens sur dix soutiennent la solution trouvée. Le résultat d'une campagne de communication menée d'une main de maître.
Des images de Gilad Schalit ont été affichées, reproduites sur des drapeaux, des autocollants ou diffusées à la télévision sans répit en Israël et même ponctuellement à Times Square à New York, tandis que la famille montait une tente devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem en tenant le compte des jours de captivité du jeune soldat. Le campement est devenu un lieu de pèlerinage pour les militants et curieux de tout le pays.
Les spots télévisés ont joué sur la corde sensible aussi, faisant le parallèle entre Schalit et Ron Arad, dont l'avion militaire avait été abattu au-dessus du Liban et qui avait été fait prisonnier par une milice en 1986. Sa trace avait été perdue peu après, laissant à de nombreux Israéliens l'impression qu'on avait laissé passer l'occasion de le récupérer vivant. Il n'a jamais été retrouvé, malgré la mobilisation de son épouse, Tami, et d'autres proches de soldats israéliens capturés. Le gouvernement israélien allait-il laisser Gilad Schalit subir le même sort?
Les communicants ont aussi mis en avant la solidarité nationale et tiré parti des réseaux sociaux sur Internet, qui n'existaient pas du temps d'Arad, comme le souligne Benny Cohen, et qui ont joué un rôle central dans la lutte contre l'oubli. L'une des pages Facebook consacrées à Gilad Schalit a compté plus de 200.000 membres. Les dons ont afflué, mais M. Cohen a refusé de dire combien d'argent avait été dépensé au total. Son cabinet, comme plusieurs autres et les légions de sympathisants de la cause, ont travaillé bénévolement.
L'Orchestre philharmonique d'Israël a ainsi joué gratuitement devant des milliers de personnes dans une ville frontalière de la Bande de Gaza et le rockeur Aviv Geffen a consacré une chanson à Gilad Schalit.
Ayant échoué à obtenir du Premier ministre Ehoud Olmert qu'il négocie un accord, "les Schalit se sont tournés vers leur seul moyen de pression sur le gouvernement: les médias", analyse le politologue Shlomo Aronson.
Les efforts infatigables de Noam et Aviva Schalit, les parents, et de tous ceux qui les ont entourés, ont fini par forcer la main du nouveau Premier ministre, Benyamin Nétanyahou, estime l'éditorialiste du quotidien "Haaretz", Nehemia Shtrasler. Sans ce harcèlement, a-t-il écrit, "Gilad Schalit serait toujours dans une cave de Gaza". AP
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