Depuis mardi, des bénévoles construisent des abris pour les migrants.
On est au bout d’un chemin de boue, entre les champs, les éoliennes et la décharge, à Norrent-Fontes, près de Béthune (Pas-de-Calais). Il pleut, et il y a du vent, mais «le temps qu’il fait, on le choisit pas», dit Pascal, cheminot retraité. Avec Jacques, agriculteur à la retraite, Gérard, ancien de France Télécom, Marc, électricien du spectacle, Eric, ancien éducateur, André, ex d’Arcelor, et Tayeb Aleb, ancien comptable en Algérie, il a mis son bleu et amené des serre-joints et des scies : aidés par Médecins du monde (MDM) Dunkerque, ils fabriquent des abris pour des migrants qui tentent chaque nuit de passer en Angleterre en grimpant sur les camions de l’aire d’autoroute de Saint-Hilaire-Cottes.
Avant l’hiver, une cinquantaine d’Erythréens, Soudanais ou Ethiopiens vivaient là, sous des cabanes de bâches et de palettes. Le préfet a fait raser le campement fin janvier, pour «insalubrité irrémédiable», puis présenté la facture au maire, Marc Boulnois (Europe Ecologie-les Verts) : 21 000 euros. Mis en demeure de le détruire, l’élu avait refusé, au motif que ça ne réglerait rien : ce qui attire les migrants, ce sont les camions, pas le campement insalubre, ni les soins et les douches offerts par l’association Terre d’errance depuis cinq ans.
Blé. L’hiver, les migrants vivent dans une salle communale. Ils y sont toujours, en attendant le camp. L’association construit les abris entre les deux champs de blé où ils avaient élu domicile. Le chantier a démarré mardi. Les constructeurs pataugent dans la gadoue. «La faute à Sarkozy. C’est lui qui fait la pluie et le beau temps», rigole Eric Muller, qui a encadré jusqu’à 30 bénévoles sur le chantier. Gérard, ex-technicien de ligne à France Télécom : «La première fois que j’ai vu un immigrant, c’était devant chez moi, à Ames, dans le village d’à côté. Il y a quelques années, vers 5 heures du matin, avant de partir au boulot. Quand je l’ai vu, j’ai dit : (...)
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