[En chantier] . Tout l’été, déambulation au cœur des constructions, réelles ou imaginaires. Aujourd’hui, une des étapes de la commission en charge des victimes de la dictature qui a sévi de 1964 à 1984.
C’est une caravane de vingt-quatre juristes qui parcourt le Brésil, du lieu le plus perdu aux grandes villes, et qui, sans esbroufe, modifie en profondeur la mémoire collective des Brésiliens : leur appréhension de la dictature militaire de 1964 à 1984, soit vingt ans de régime autoritaire. Si ses dégâts en terme de disparus ne sont pas comparables à ceux de ses voisins - le Chili et l’Argentine notamment -, elle est la plus longue de l’Amérique latine et, s’enracinant des années avant les autres, elle leur a servi de matrice.
Une dictature à visage humain, qui s’est tranquillement autodissoute en organisant sa propre transition vers la démocratie ? C’est au mieux ce que les enfants brésiliens ont appris. C’est ce qu’on continue à leur dire, en associant parfois cette période à l’expression enthousiasmante de «miracle économique», sans jamais préciser pour qui fut le miracle. Et c’est l’opinion la plus répandue dans la lointaine Europe, où l’on se souvient que la France fut une terre d’asile dans les années 70, et que pour les Brésiliens, «c’était plus facile».
Certes, mais le Brésil a une particularité : non seulement le nombre de torturés fut le plus élevé, mais de plus, la pratique n’ayant jamais été condamnée, elle a été banalisée au point d’être monnaie courante aujourd’hui encore. «Faute de rupture nette avec le pouvoir militaire, les institutions ont conservé cette "technique" de sécurité, et la dangerosité a quitté le terrain politique pour muter vers la pauvreté. Plus inquiétant, selon un sondage récent, cet héritage de la dictature est largement accepté par la population», note la juriste brésilienne Kathia Martin-Chenut, chercheuse au collège de France.
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