Dans la musique de chez nous, surtout groupée, on aime bien les grands retours. Des artistes qui avaient un temps disparus des gazettes, s'étaient rangés de voitures, partis en vacances, bye, bye, à la revoyure. On attend toujours le grand retour de Téléphone (pour Noir Désir, c'est râpé) et on espère que Alliage ou les Diadems (qui ?) ne reviendront pas. Mais ces temps ci, voilà qu'on fête nos retrouvailles avec un combo, que dis-je, une tribu, enfin un collectif, qui a bien tombé et mouillé la chemise dans les années 90. Après Louise Attaque et juste avant Dionysos, voilà que redéboule Zebda, le gang des toulousains motivés, avec un nouvel album intitulé « Second tour », clin d'œil aussi sportif que politique, et fruit de huit ans d'absence pourtant studieuse : deux albums et deux bouquins pour Magyd, le tonton de la bande, autant de disques pour Mouss et Hakim, les jumeaux farceurs, et j'en passe.
On est content de les retrouver, nos Zebda zélés, avec leur raï-rap-rock-java festif et éloquent, champions de l'engagement citoyen et pourfendeurs dans la bonne humeur grave du racisme, de l'intolérance, et de tous les bas du front, national ou pas. D'autant qu'ils n'ont pas changé : toujours cette tchatche fine et endiablée, cet art d'exprimer des choses sérieuses avec cœur et humour, comme par exemple dans ce nouveau disque, le port du voile, l'identité nationale, l'éducation, l'immigration…
Dans le temps, à l'époque des barbus contestataires en colère, on appelait ça de la « chanson engagée », fille soixant'huitarde des chants de révolte du mouvement ouvrier. Jean Ferrat (qui n'était que moustachu) en fut l'un des plus nobles pionniers, et dans son sillage s'engouffrèrent des François Béranger, Maxime Le Forestier, Bernard Lavilliers ou Renaud. Plus tard, un certain rap (pas celui avec des chaînes en or et des filles en bikini) prit la relève, de IAM à NTM, à côté de chansonniers plus contemporains comme Romain Dudek ou Cyril Mokaiesh.
L'art de balancer des vérités premières sans forcément lever le poing ou réciter un tract, les Zebda, ils sont forts pour ça, et c'est sans doute pour ça qu'on les aime : avec eux, protester ou dénoncer c'est aussi faire la fête. Comme ils disent : « Nous, on se contente d'énumérer des faits, on ne propose pas de solution : c'est ce qui nous distingue des politiciens ». Le bruit, l'odeur… et la nouba.

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