Bob et BarackL'autre jour, je tombe sur une info, pas vraiment bouleversante, mais édifiante : Bob Dylan, 70 ans dont 50 de carrière, vient d'être décoré de la plus haute distinction civile américaine, la "presidential medal of freedom", par Barack Obama en personne. La cérémonie s'est déroulée mardi dernier à la Maison Blanche, avec un Dylan en lunettes noires qui a affiché un masque impassible, même lorsque le président l'a qualifié de "géant" et a assuré être l'un de ses plus grands fans.
Can't buy me love...Qu'un artiste de la dimension de Dylan soit ainsi honoré, rien de choquant. Comme il le chantait lui-même dans les années 60, les temps ont changé, et la rébellion à l'ordre établi est désormais réservée à un autre genre de musique que le rock de papa. Qu'elle semble lointaine l'époque où Lennon renvoyait à la Reine sa médaille du MBE, aujourd'hui que Jagger et McCartney se font appeler "Sir". Y'a que Keith Richards qui résiste encore…
Du coup, l'envie m'a pris d'aller voir un peu du côté de chez nous. Qui, en France, côté chanteurs, a-t-il bénéficié de tels honneurs médaillés ? Sur le site du ministère de la Culture, on peut consulter les listes, année par année. Rien que pour 2010 et 2011, on reste baba devant la multitude qui se presse aux portillons du mérite officiel. Des noms ? Outre Mika et Shakira (!), on relève, en vrac et entre autres, ceux de Julien Doré, Benjamin Biolay, Thomas Dutronc, Vanessa Paradis, Laurent Garnier, Catherine Ringer, Camille, Olivia Ruiz, Gaëtan Roussel, Barbara Carlotti, Julien Clerc, Vincent Delerm ou Miossec. Sans oublier la presque totalité du groupe Téléphone, Corine exceptée.
c'est elle...Tous ces gens là ont donc été décorés de l'ordre national du Mérite, distinction censée récompenser les services rendus à la nation. Bon, c'est un peu plus compliqué quand on sait qu'il existe des grades différents, chevalier, officier, commandeur, grand officier, grand-croix. Normalement, on commence par le bas de l'échelle avant de gravir peu à peu les échelons. Pour obtenir la médaille, c'est simple, suffit de la demander (quelqu'un, par exemple votre maison de disques, peut le faire pour vous, après, c'est le ministre qui décide).
C'est quoi le critère? Avoir vendu des tas de disques ou juste chanté en français, donc participé au rayonnement de notre belle culture ? Mystère. Mais surtout, qu'est-ce qui pousse des artistes, par essence saltimbanques anticonformistes (excepté Sardou, bien sûr), à briguer de tels institutionnelles récompenses ? Une nostalgie de l'école d'antan, où l'on distribuait bons points et médailles ? L'envie de se sentir reconnus hors du milieu artistique ? De figurer dans le désuet "Who's Who" (en français dans le titre) ? Et les récipiendaires se baladent-ils avec leur rosette épinglée au veston ou au tee-shirt ? Après tout, c'est vrai qu'une médaille sans revers, ça n'a pas de prix.
