L'autre après-midi, rituelles emplettes hebdomadaires dans le supermarché du coin. Au détour d'un rayon, haut-le-cœur : sur une affiche criarde, des tronches familières me dévisagent d'un air vaguement arrogant. Au dessus, un simple titre : "Les jours star". On se frotte les yeux, pas d'erreur, ce sont bien les Rolling Stones qui trônent ainsi sur ce mercantile dazibao. Même que leur chanteur, un certain Jagger, arbore une coquette chemise jaune canari, histoire de se faire remarquer depuis le bout du parking. Les autres brandissent qui des guitares, qui une paire de baguettes, mais c'est normal pour un groupe de rock.
Mais qu'est ce qu'ils fichent là, Mick, Keith et les autres, entre deux étals de poireaux et de produits d'hygiène ? Se seraient-ils recyclés en camelots pour grandes surfaces (remarquez, à y réfléchir, c'est un peu ce qu'ils font depuis des années…), vantant les dernières promotions à ne pas manquer, si vous trouvez moins cher ailleurs on vous rembourse la différence ?
Presque. Sous le prétexte de fêter leurs 50 ans de carrière, nos Stones vénérables se sont acoquinés avec une grande enseigne de distribution (c'est comme ça qu'on dit quand on ne veut pas citer le nom), qui offre au consommateur fan la possibilité de collectionner des cartes à l'effigie de ses héros, et de gagner tee-shirts, cds et autres babioles siglées de la célèbre langue pendante. Le clou du concours : des séjours à Londres, avec "concert rock" à la clé (des Stones ? pas précisé…)
La première surprise dissipée, on se dit que, après tout, pourquoi pas. On se souvient, il y a quelques années, qu'une marque de lessive offrait à tout acheteur d'un maxi baril de poudre à récurer, le dernier disque de Kool and the Gang. On assiste tous les jours à la télé, à la récupération des standards du rock pour illustrer des pubs de bagnoles ou de parfums. Même si les disques ne se vendent plus, le rock reste une marchandise. Moi je suis pour : un disque de Lou Reed pour toute acquisition d'une crème anti-âge, des inédits de Prince pour un pack de biscuits fourrés au chocolat, le dernier single de Ricky Martin pour dix paquets de tacos.
Une solution à la crise du disque et à celle du pouvoir d'achat réunies ? Pas sûr, tant qu'on ne pourra pas se procurer des couches culottes chez les disquaires…

