Jeunisme. Voilà un néologisme plutôt récent, du moins pas si ancien. Comme dit le Larousse, il exprime la « tendance à exalter la jeunesse, ses valeurs, et à en faire un modèle obligé ». Un terme paraît-il plutôt péjoratif, qui s'emploie dans les entreprises, chez les chirurgiens esthétiques et, bien sûr, dans la chanson. C'est que dans le showbiz, passé trente balais, t'es déjà vieux. Mieux vaut afficher une petite vingtaine pour exciter les convoitises des derniers directeurs artistiques des majors survivantes. C'est vrai qu'il y a des exemples célèbres : les Beatles n'ont-ils pas démarré alors qu'ils n'avaient qu'à peine du poil au menton (ils se sont rattrapés par la suite…) ? Et je ne parle même pas de Michael Jackson ou de Stevie Wonder, déjà stars en couches culottes (on taira exprès le patronyme d'un certain Justin).
Etre jeune, quand tu fais de la musique, c'est forcément gage de fougue, d'énergie, d'insouciance et d'intrépidité. C'est vrai que les BB Brunes ne piétinent pas les mêmes plates-bandes que, disons, Georges Moustaki.
Quand t'es un chanteur jeune, par définition, tu t'adresses aux jeunes. Même s'il y en a, des jeunes, qui ne dédaignent pas écouter les vieux chanteurs. Il n'y a qu'à constater les trois générations de fans qui s'entassent dans les concerts de Johnny, l'ex idole des jeunes qui sont devenus vieux. Aznavour n'attire pas que les charters des hospices, Higelin (70 ans et tous ses chants), Thiéfaine, Souchon, Clerc et consorts piochent dans un large public.
Donc, faut-il pousser à la retraite les artistes qui affichent plus d'un demi-siècle au compteur ? Ou plutôt les laisser continuer à faire ce qu'ils savent faire de mieux, même si, par exemple, les Stones le font de moins en moins bien ?
Après tout, il y a eu des vieux qui ont cartonné même à un âge avancé (Cesaria Evora, Henri Salvador, Buena Vista Social Club, etc) et des jeunes qui ont fait des bides même avec le ventre plat (pas de nom). La valeur n'attend pas le nombre des âgés, comme dit le dicton. Je n'en veux pour preuve que le récent album d'un nommé Leonard Cohen. Oui, l'auteur, entre autres, de « Suzanne », la chanson préférée des hippies romantiques, et du « Hallelujah », plus tard repris, entre beaucoup d'autres, par le disparu trop jeune Jeff Buckley.
A 78 ans, le voilà qui publie ce qui sera sans doute l'un des plus beaux albums de l'année, intitulé « Old ideas » (tiens, il ya le mot vieux dans le titre). Un disque lent et grave, à la fois solennel et caustique, qui donne une magistrale leçon de chant à tous les castrats à la mode et peut flanquer la chair de poule même à ceux qui ne l'ont pas ridée.
http://www.pitchfork.com/news/45048-listen-to-the-new-leonard-cohen-single/
Sans oublier Slow Joe, le vieil indien de 68 ans au galurin cabossé, sorti de nulle part, dont l'album, « Sunny Side Up » a fait le buzz l'an dernier.
http://www.youtube.com/watch?v=rLb2t5r96Cc&feature=related
On ne va pas égrener ici tous les vieux chanteurs méritants. Juste réaffirmer, tant pis pour la banalité, que, sans jeunisme ni âgisme, la bonne musique se fout du temps qui passe.

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